Au procès de Christophe Ruggia, la colère d’Adèle Haenel, « cette enfant que personne n’a protégée »

Accusé par l’actrice de lui avoir fait subir des agressions sexuelles entre ses 12 et ses 15 ans, le réalisateur était jugé au tribunal correctionnel ces 9 et 10 décembre. Un procès sous haute tension qui n’a pas permis de rectifier les incohérences du prévenu. Cinq ans de prison dont deux ans ferme aménageables ont été requis.

Salomé Dionisi  • 11 décembre 2024 abonné·es
Au procès de Christophe Ruggia, la colère d’Adèle Haenel, « cette enfant que personne n’a protégée »
L'actrice française Adèle Haenel et son avocate Anouck Michelin, au Palais de justice de Paris, le 10 décembre 2024, au procès du réalisateur français Christophe Ruggia.
© ALAIN JOCARD / AFP

Elles sont une petite cinquantaine, pancartes à la main, à braver le vent glacial qui souffle sur le parvis du tribunal de Paris. Les 9 et 10 décembre, Christophe Ruggia y comparaissait pour des faits d’agressions sexuelles. Les 9 et 10 décembre, un petit groupe de militantes féministes est venu soutenir Adèle Haenel, l’actrice à l’origine du mouvement #MeToo dans le monde du cinéma en France.

Adèle Haenel n’a que 11 ans lorsque Christophe Ruggia, 36 ans, la choisit pour jouer dans son premier long métrage, Les Diables (2002). S’en suivent des mois d'un tournage que tout le monde, même le réalisateur, s’accorde à qualifier de « très dur » et de « traumatisant ». Il faut dire que le film raconte une histoire d’inceste entre une petite fille autiste et son frère, et qu’il est ponctué de scènes de sexe entre les deux enfants.

C’est à la fin de ce tournage, et durant près de quatre ans, que Christophe Ruggia aurait agressé Adèle Haenel lors d’après-midi passés chez lui. Environ 150 au total. Des agressions sexuelles sur mineure par personne ayant l’ascendant, passibles d’une peine de 10 ans d’emprisonnement, et de 150 000 € d’amende.

Vingt ans après, la petite fille n’est pas loin. Elle est dans la salle d’audience, quand Christophe Ruggia nie avoir touché ses seins, ses cuisses, son sexe. Quand son regard d’un vert perçant se brise, qu’elle serre les poings et contient ses larmes. La voix qui tremble, la jambe nerveuse et les spasmes, eux, n’étaient pas là à l’époque. Ils sont apparus au milieu des années 2010, lorsque l’actrice a peu à peu reconstitué les pièces du puzzle. Des manifestations de stress post-traumatique qui rythment les deux jours d’audience au tribunal.

Pour sa défense, le réalisateur de 59 ans pointe le contexte dans lequel sont nées les accusations, révélées par un article de Mediapart en novembre 2019 : « Il fallait lancer un #MeToo en France, et c’est tombé sur moi. C’est un procès stalinien. Il y avait un projet derrière (…) L’article de Mediapart a brisé ma vie, depuis j’attends la fin. » Il reconnaît avoir été subjugué par le talent de l’actrice, avoir été très proche d’elle et de son co-acteur, Vincent Rottiers, mais réfute les accusations de violences sexuelles.

Réalité parallèle

Le prévenu nie aussi avoir isolé la jeune fille de ses proches, procédé souvent dénoncé dans les relations d’emprise. Il peine à se départir de l’image d’éternel ado qui lui colle à la peau, et qui donne parfois l’impression qu’il vit dans une réalité parallèle. « Pendant presque quatre ans, les seuls moments de temps libre que vous avez, vous les passez avec Adèle. Ça ne vous interpelle pas ? Un homme de presque 40 ans qui passe ses seules heures de loisirs avec une fillette de 12 ans ? », lui assène le président, tentant de pointer les incohérences de son récit.

Pendant presque quatre ans, les seuls moments de

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