À Villeneuve-Saint-Georges, le peuple divisé

L’élection de Villeneuve-Saint-Georges, en dépit d’une faible participation (33,45 %), avait valeur de test : parce que le discrédit du maire de droite sortant rendait possible le retour de la gauche à la mairie et parce que le député LFI de la circonscription, Louis Boyard, se présentait contre les communistes, les socialistes et les écologistes rassemblés derrière le PC.

Roger Martelli  • 27 janvier 2025
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À Villeneuve-Saint-Georges, le peuple divisé
© Stéphane De Sakutin / AFP

À l’arrivée, avec 24,9 %, Louis Boyard est en tête et devance ses concurrents de gauche d’un peu plus de 4 %. Mais, il est très en-deçà des résultats précédents de la France insoumise : sur la ville, Jean-Luc Mélenchon avait obtenu 46,2 % à la présidentielle de 2022 et la liste de Manon Aubry dépassait 39 % aux élections européennes de 2024. Le très médiatique candidat est encore plus loin, bien sûr, de ses scores législatifs de 2022 (40,2 %) et de 2024 (55,9 %) où il portait les couleurs de toute la gauche.

Louis Boyard enregistre de très bons résultats dans les cités les plus populaires et les plus pauvres de Cellier et de Bois Matar (près de 40 %). La liste dirigée par le communiste Daniel Henry l’emportant, elle, avec près de 30 % dans le quartier cheminot traditionnel. Mais la liste de Louis Boyard recule partout sur le scrutin européen, le dernier où l’on pouvait mesurer les rapports de force à l’intérieur de la gauche.

Il faudra sérieusement réfléchir, à gauche, sur la manière d’envisager les prochaines séquences électorales.

Au soir de ce premier tour, la messe est loin d’être dite. Sur le papier, la gauche est cette fois minoritaire (48,2 % contre 55,9 % aux législatives de 2024 et 52,8 % aux européennes) mais l’écart peut être comblé. Quelles traces laisseront la virulence des conflits qui ont déchiré la droite et la gauche locales ? Difficile de le prévoir. On peut faire l’hypothèse d’une surmobilisation à droite, toutes ses forces nationales tirant à boulets rouges sur le député insoumis.

Si la gauche se rassemble sans barguigner, elle peut créer le sursaut et profiter de la guerre des droites. Dans cette ville où le RN (qui avait atteint les 23 % aux européennes) n’était pas directement présent dans l’arène municipale, tout reste possible.

Dans tous les cas de figure, il faudra sérieusement réfléchir, à gauche, sur la manière d’envisager les prochaines séquences électorales. Si le vote de Villeneuve-Saint-Georges est indicatif, c’est avant d’un double état de fait : la gauche ne profite guère de la crise politique en cours et la concurrence en son sein n’est pas source de remobilisation massive. L’autre enseignement qui se retrouve de nouveau ici est qu’à l’intérieur même de l’espace urbain, se produit une division de l’électorat en termes d’âge et d’origine sociale. Il ne s’agit donc pas que d’une division tour/ bourg. Mieux vaut que la gauche y réfléchisse, en tire parti… et qu’elle ne joue pas avec le chat d’extrême droite, toujours en embuscade et prêt à croquer la souris.

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