L’antisémitisme, entre réalité et manipulation

80 ans après la libération d’Auschwitz, l’antisémitisme répand toujours son venin et n’est jamais excusable. Ce qui n’empêche pas de souligner la confusion criminelle que certains ont semée entre antisémitisme et antisionisme.

Denis Sieffert  • 24 janvier 2025
Partager :
L’antisémitisme, entre réalité et manipulation
Manifestation pour dénoncer l'antisémitisme, à Paris le 20 juin 2024.
© Zakaria ABDELKAFI / AFP

Quatre-vingts ans après la libération d’Auschwitz, l’antisémitisme répand toujours son poison. Mais de quel antisémitisme parle-t-on aujourd’hui ? De celui, millénaire, d’Amalek dans la Genèse, qui attaque sans raison les fils d’Israël ? Non, l’antisémitisme, majoritaire si l’on ose dire, a des causes politiques, comme celui dont Hannah Arendt a proposé une magistrale analyse au travers de la relation que les juifs ont entretenu, depuis le XVIIIe siècle, avec les nationalismes.

L’antisémitisme qui nous préoccupe principalement, véritable ou manipulé, est étroitement lié au conflit israélo-palestinien. À tort ou à raison, il est confondu avec l’antisionisme qui n’est pas, selon la définition que nous défendons, la haine d’Israël, mais la résistance à ce colonialisme propre à l’histoire juive qu’est le sionisme. La question qui se pose avec une particulière acuité depuis le 7 octobre 2023 est donc celle de la corrélation entre cet antisémitisme et le conflit israélo-palestinien. Les chiffres devraient la rendre irréfutable.

La courbe statistique connaît des pics à chaque flambée de violence dans les territoires palestiniens.

La courbe statistique connaît des pics à chaque flambée de violence dans les territoires palestiniens, ces derniers mois, pendant les bombardements israéliens sur Gaza, comme en 2001, pendant la répression de la deuxième intifada. Cette corrélation est pourtant contestée par le président du Crif, Yonathan Arfi, dans un entretien au Monde des 6 et 7 octobre dernier. « Méfions-nous des fausses causalités », dit-il. Et il soutient que la montée de l’antisémitisme existerait, même si le conflit s’apaisait.

Mais les faits sont là. Les chiffres d’agressions antijuives n’ont jamais été aussi bas en France que pendant la période dite d’Oslo (1993-2000), c’est-à-dire quand la population palestinienne, et beaucoup de nos concitoyens, avaient l’espoir d’un règlement politique. Ils n’ont jamais été plus élevés qu’en 2023-2024 (1 572 actes recensés pour l’an dernier).

Sur le même sujet : Antisionisme et antisémitisme, une opération politique avortée

Que veut démontrer le président du Crif ? Que les dirigeants d’extrême droite d’Israël n’ont aucune part dans la montée de l’antisémitisme ? Que le « laisser faire » des capitales occidentales n’y est pour rien ? Qu’antisémitisme et antisionisme sont de parfaits synonymes ? Cynique détournement de la lutte contre l’antisémitisme devenue la ligne de défense de la politique coloniale d’Israël !

Il n’y a pas d’antisémitisme excusable.

À user de la qualification d’antisémitisme de façon frauduleuse, des responsables communautaires, des politiques, des médias ont semé une confusion criminelle. Leur manipulation est massivement pourvoyeuse d’antisémitisme. En invoquant trop souvent la Shoah à de très mauvaises fins, ils sont aussi des voleurs de mémoire. Pour autant, agresser ou insulter un juif de France en raison de la politique israélienne est insupportable. Il n’y a pas d’antisémitisme excusable.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Plans de licenciements : en finir avec le diktat des multinationales
Parti pris 26 novembre 2025

Plans de licenciements : en finir avec le diktat des multinationales

Orangina, NovAsco, Teisseire, Danone… Ces derniers jours sont marqués par l’annonce aux quatre coins du pays de fermeture d’usines et, avec elles, des centaines de licenciements. Alors que le gouvernement ne cesse de parler de « réindustrialisation », l’heure est de refuser l’impuissance et d’agir.
Par Pierre Jequier-Zalc
Ma lettre à Nicolas Sarkozy
Parti pris 25 novembre 2025

Ma lettre à Nicolas Sarkozy

Dans une lettre envoyée en 2010 à Nicolas Sarkozy, Paul-Elyes, 8 ans, demandait au président de la République pourquoi avoir refusé d’accorder un visa de séjour à sa grand-mère algérienne. Une lettre qui, 15 ans après, reste toujours sans réponse.
Par Paul-Elyes Hecham
Municipales : la gauche n’a plus le luxe de s’égarer
Parti pris 18 novembre 2025

Municipales : la gauche n’a plus le luxe de s’égarer

Depuis les législatives anticipées de 2024, l’union de la gauche ne semble plus être qu’un lointain souvenir. Pour éviter un désastre national, les partis auraient pourtant tout intérêt à s’entendre avant les prochaines municipales.
Par Pierre Jacquemain
Course de voiliers au large : l’aventure dans le typhon capitaliste
Parti pris 14 novembre 2025

Course de voiliers au large : l’aventure dans le typhon capitaliste

Le 6 novembre, en Martinique, le premier voilier de la Transat Café L’Or, traversée de l’Atlantique en double, a passé la ligne d’arrivée. Entre prouesses technologiques et budgets colossaux, la course au large est devenue une vitrine du capitalisme, où les skippers naviguent davantage sur les chiffres que sur l’océan.
Par Caroline Baude