Avec le retour de Trump, les minorités craignent le pire

L’arrivée de Donald Trump au pouvoir suscite des vives craintes chez certaines minorités. Le week-end qui a précédé son investiture a donné lieu à des manifestations et événements dans tout le pays pour marquer le terrain d’une opposition déterminée, et donner de l’espoir.

Edward Maille  • 22 janvier 2025 abonné·es
Avec le retour de Trump, les minorités craignent le pire
Le 18 janvier, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington pour défendre les droits des minorités du District de Columbia.
© Allison Bailey / NurPhoto / AFP

Une boîte de mouchoirs passe de main en main. Elle vient au secours de quelques reniflements et du mascara en train de couler. Une centaine de proches et d’amis se serrent debout dans les allées entre les rayons de la librairie. D’autres sont assis sur les chaises pliantes tournées vers l’arrière-boutique. Une arche de fleurs violettes décore le mur du fond.

« Si on veut survivre, on doit se préparer à se voir les uns les autres, à partager nos peurs, nos douleurs et, oui, aussi notre joie. C’est d’elle qu’il est question aujourd’hui. » Dans un costume assorti aux fleurs, Errol Anderson, un homme transgenre, responsable de l’association LGBTQ+ rattachée à la librairie, officie la cérémonie. Il est entouré de dix couples. Il marque une pause. Les enjoint de se parler. Les paires échangent des murmures. Puis Errol les invite à se passer la bague au doigt. Applaudissements et liesse dans l’assistance.

Beaucoup ont peur, dans une ambiance de malheur et d’obscurité, et se demandent que faire.

Errol

Ce dimanche 19 janvier, la librairie LGBTQ+ et féministe Charis Books & More, à Decatur en Géorgie, organise un « mariage de masse pour le peuple ». Le lendemain, Donald Trump doit prêter serment pour devenir le 47e président des États-Unis. « Beaucoup ont peur, dans une ambiance de malheur et d’obscurité, et se demandent que faire. Je voulais qu’ils se rappellent qu’on peut être pragmatique et utiliser les outils de l’État », dit le quadragénaire, crâne dégarni et barbe rousse, le regard abrité par des lunettes à grosses montures.

Il poursuit en expliquant qu’en plus de l’amour qu’il vient sceller le mariage est un outil pour se protéger. Le retour à la Maison Blanche du milliardaire inquiète en effet : il a promis de s’attaquer à « la folie transgenre »  ; lors de son mandat précédent, il a provoqué, en nommant des juges conservateurs à la Cour suprême, la fin de la garantie du droit à l’avortement ; et il envisageait des « expulsions de masse » des migrants sans titre de séjour dès le premier jour de son mandat.

Face à l’angoisse de sa communauté, Errol Anderson a orchestré cette cérémonie. D’ordinaire, la librairie organise des réunions et des ateliers en soutien aux personnes transgenres – mineures et adultes. L’idée d’un mariage groupé, ouvert à tous et toutes, est venue à Erroll d’un souvenir de 2017. Alors que Donald Trump va devenir président, un couple d’amis l’appelle. Ils veulent se marier, craignant que ce droit pour les personnes du même genre soit révoqué. Errol dispose de l’autorité nécessaire, ayant une licence de pasteur acquise en ligne.

Il marie ses amis quelques heures avant que Donald Trump, la main sur la Bible, ne jure de protéger la Constitution. Quatre ans plus tard, Errol répète la célébration et l’ouvre à tout le monde. « Il fallait rappeler aux gens qu’ils ne doivent pas baisser les bras, se réjouit-il. C’est si agréable que toutes ces personnes se concentrent sur quelque chose de positif, qu’elles se retrouvent dans une communauté pour trouver le

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Monde
Publié dans le dossier
Trump, de pire empire
Temps de lecture : 9 minutes

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