Les défis immenses de la nouvelle Syrie

Depuis le renversement rapide et inattendu du clan Assad, un gouvernement de transition a été mis en place sous le contrôle des islamistes de Hayat Tahrir Al-Cham. Après plus de treize années de guerre, les nouveaux maîtres de Damas se retrouvent à la tête d’un pays déchiré et exsangue. Tout est à reconstruire.

Céline Martelet  et  Noé Pignède  • 8 janvier 2025 abonné·es
Les défis immenses de la nouvelle Syrie
Harasta, ville dévastée par le régime Assad et son allié russe, le 11 décembre 2024.
© Céline Martelet

Dans le hall du lycée Granada de Homs, des dizaines de jeunes filles s’étreignent et se bousculent. Certaines entonnent des chants qui célèbrent la chute d’un tyran. D’autres brandissent le drapeau étoilé de la révolution. Ce dimanche 15 décembre, même la cloche de 8 heures ne parvient pas à interrompre l’euphorie collective. Une semaine après le départ de Bachar Al-Assad, ces élèves syriennes s’apprêtent à vivre leur première journée d’école en « Syrie libre ». Au détour d’un couloir, une fresque aux couleurs de l’ancien régime est repeinte à la hâte. Dans les classes, au-dessus des tableaux blancs, les portraits du dictateur ont disparu.

Nous vivions dans la terreur.

M. Rajoub

« On nous faisait étudier l’histoire du parti Baas et des mensonges à la gloire des Assad, raconte Hajel, 16 ans. Tout le monde savait que c’étaient des meurtriers. Et maintenant on va pouvoir le dire à haute voix. » À côté d’elle, son professeur de littérature arabe, Mohamed Rajoub, s’enthousiasme aussi de mettre cinquante-trois ans d’endoctrinement à la poubelle. Relais de la propagande, les enseignants syriens se libèrent de la surveillance permanente que le clan Assad exerçait jusque dans leurs cours. « J’ai été jeté deux fois en prison à cause de fausses accusations d’un collègue jaloux, se souvient le quinquagénaire. Nous vivions dans la terreur. »

Au fil des décennies d’un règne sans partage, plusieurs milliers d’ouvrages jugés subversifs, traitant par exemple de la démocratie ou du communisme, ont été censurés par le régime assadiste. Mais, lorsqu’on lui demande quel livre il se réjouit de pouvoir enfin enseigner à ses élèves, Mohamed Rajoub s’empresse d’évoquer le Coran, pourtant déjà enseigné.

« L’éducation est l’un des grands défis, souligne Ziad Majed, politiste et professeur à l’Université américaine de Paris. Jusqu’ici, les programmes étaient axés sur le culte de cette famille, mais aussi sur la pensée unique. Il n’y a eu aucun apprentissage de l’esprit critique. Il faut regarder comment les questions religieuses, mais aussi la philosophie et les sciences politiques vont être introduites. Tout ce qui amène à réfléchir, à analyser. »

Contre-pouvoir citoyen

Dans la nouvelle Syrie gouvernée par une coalition de rebelles et les islamistes de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), la réécriture des programmes scolaires s’amorce à peine. Et, déjà, l’inquiétude s’installe chez de nombreux Syriens qui craignent que la propagande du parti Baas laisse place à l’obscurantisme. « HTC a retiré toutes les références à Assad mais, dans le même temps, il a tenté de gommer celles renvoyant à la théorie de

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