Drogues : sortir de l’addiction et de la répression

Malgré des politiques toujours plus sévères contre le trafic et l’usage de stupéfiants, la consommation est en constante augmentation en France, avec son lot de violences. Une proposition de loi portée par la sénatrice écologiste Anne Souyris propose d’en finir avec la prohibition pour mettre l’accent sur la prévention et l’accompagnement des usagers.

Olivier Doubre  et  Lucas Sarafian  • 5 février 2025 abonné·es
Drogues : sortir de l’addiction et de la répression
© Eric Beracassat / Hans Lucas / AFP

Un jeune racisé descend de son scooter immatriculé en banlieue et sort son portable. Il passe un bref coup de fil et retient le code de l’immeuble de centre-ville situé de l’autre côté de la rue, assez cossue. Il monte au deuxième étage. L’échange se fait sur le palier et il redescend par l’escalier en comptant une petite liasse de billets. Il s’éloigne vite sur son scooter, après avoir envoyé un SMS sur un réseau crypté : « C’est bon ! Je rentre. » La scène n’a duré qu’une poignée de minutes.

Le client n’est pas sorti sur le trottoir et inspecte le contenu du sachet dans son salon. Voici aujourd’hui le scénario classique d’une livraison « de détail » de stupéfiants. Le risque pour le client est quasi nul ; celui du livreur est très élevé, d’abord pour les infractions de détention, transport, offre, cession, etc. En espérant qu’il ne soit pas, en route, fouillé lors d’un contrôle d’identité.

Car il a, du fait de son origine présumée, selon les études du Défenseur des droits ou de l’Institut national d’études démographiques (Ined), « une probabilité 20 fois plus élevée d’être contrôlé que les autres personnes dans l’espace public ». Sachant qu’en cas d’interpellation il sera mis en garde à vue, déféré, poursuivi, souvent incarcéré en détention préventive, quand le client sortira en général quelques heures plus tard du fait de sa bonne intégration professionnelle et sociale, avec en général un simple rappel à la loi. La répression reflète donc souvent les discriminations sociales et raciales.

C’est exactement ce qui s’est produit pour le député La France insoumise (LFI) Andy Kerbrat en novembre dernier, alors qu’il achetait pour sa consommation personnelle, cette fois dans le métro à Paris, un gramme d’une amphétamine à un livreur, mineur racisé venu de banlieue. Plusieurs fonctionnaires de police ont passé de nombreuses heures sur cette « affaire » d’un seul gramme de stupéfiant, interrogeant longuement le livreur, tentant certainement de « remonter la filière ». En vain, comme souvent. Car le livreur sait qu’il risque des représailles, pour lui-même ou ses proches, s’il « balance ».

Oui, les flics viennent plus souvent, ils gênent un peu le business, mais ils ne gagneront jamais.

En outre, il sait généralement bien peu du « réseau » pour lequel il a accepté cette « course », souvent pour 10 ou 20 euros. Ce mode de deal par livraison, facilité par les téléphones portables, parfois qualifié non sans humour d’« Ubershit », est de plus en plus courant et difficile à réprimer. Un « chouf » marseillais, ou guetteur, interrogé anonymement sur France Info expliquait le 21 janvier : « Oui, les flics viennent plus souvent, ils gênent un peu le business, mais ils ne gagneront jamais. Il y a surtout plus de livraisons. »

Violence et corruption en hausse

Si la France a l’une des législations européennes parmi les plus sévères, elle se distingue surtout par une consommation de stupéfiants bien supérieure à celle de ses voisins. Près de la moitié des Français de 15 à 64 ans a déjà consommé du cannabis et on estime à cinq millions les fumeurs réguliers. Quant à la cocaïne, ses usagers étaient estimés à 600 000 en 2017, chiffre qui aurait bondi à 1,1 million en 2023 (1).

On évalue aujourd’hui le chiffre d’affaires des trafics dans l’Hexagone entre 3,5 et 6 milliards d’euros par an, multiplié par trois depuis 2010. L’échec de la politique répressive, avec l’augmentation des peines encourues de réforme en réforme, parfois annuelle, depuis l’adoption de la loi du 31 décembre 1970 qui organisa le régime de prohibition, est donc patent. Mais ce sont aujourd’hui la violence et la corruption qui augmentent sans cesse. En 2024, on recensait 182 homicides

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Société
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Stupéfiants : cultiver la prévention
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