« Bonjour l’asile », une politique de l’accueil

Judith Davis invente un lieu utopique au gré d’un film généreux, fantaisiste et très sérieux.

Christophe Kantcheff  • 18 février 2025 abonné·es
« Bonjour l’asile », une politique de l’accueil
Inutile de chercher le sujet que traite Bonjour l’asile, il y en a mille. Judith Davis n’a pas peur de la profusion.
© UFO Distribution

Reprendre. Reprendre encore. Le cinéma de Judith Davis est celui de la reprise. Dans son premier long métrage, Tout ce qui me reste de la révolution (2019), on réinvestissait le sens des mots, depuis longtemps usé, galvaudé. L’actrice-réalisatrice, sous la peau du personnage principal, tentait aussi de remettre son corps à l’endroit, en équilibre, à la manière d’un Buster Keaton contemporain dans un monde bouleversé.

Un asile où tout ce qui touche à l’humain doit pouvoir être abordé, de manière collective.

C’est ce monde-là – plus abîmé encore six ans plus tard – qu’ambitionne de reprendre Bonjour l’asile, pour le rendre plus supportable et, pourquoi pas, meilleur. Parce qu’on a tout laissé partir à vau-l’eau, parce que le rapport de force face aux puissances capitalistes mortifères n’a pas été maintenu. Énorme ambition malgré la modestie des moyens, qui passe par l’élaboration d’une utopie.

Inutile de chercher le sujet que traite Bonjour l’asile, il y en a mille, même si certains sont plus saillants que d’autres : le poids du patriarcat dans le couple, la désintoxication des relations interpersonnelles, l’amitié entre femmes, le fonctionnement du collectif, les échanges avec la nature… Judith Davis n’a pas peur de la profusion. C’est d’ailleurs la vocation de cet asile où tout ce qui touche à l’humain doit pouvoir être abordé, de manière collective, avec empathie et bienveillance.

Humour et dialectique

Son nom : l’HP, sigle d’Hospitalité permanente. Jeanne (Judith Davis), l’un des personnages, travaille au sein d’une association dont le nom, Comme une histoire, fait aussi entendre le mot « communiste ». La cinéaste a le sens du jeu de mots, et du jeu tout court. Il y a quelque chose d’extrêmement ludique dans son HP, ­notamment en la personne de sa directrice, un ancien militaire travesti en femme et ­répondant au nom de Cindy (Simon Bakhouche), à la fois blagueuse et tendre, et concoctant des philtres miraculeux.

Mais le jeu est sérieux et tout en dialectique. C’est ainsi que le mode de vie instauré par l’HP oscille entre fantaisie et responsabilité. Par exemple, on cause avec un arbre imposant, appelé « Grosse Mama », à qui on fait des offrandes de shots de vodka, mais c’est aussi de cette façon qu’on se raccorde réellement aux arbres et aux êtres non humains. De la même façon, le film a le parfum du conte, rehaussé par l’architecture du bâtiment qui abrite l’HP, un château ancien qui, au cinéma, rappelle celui de La Belle et la Bête de Cocteau, ou de Peau

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