Ian Brossat : « Il faut imposer les questions du travail dans le débat à chaque occasion »

Le sénateur communiste et candidat à la mairie de Paris défend l’union des gauches en vue des prochaines échéances électorales. Il appelle la gauche à replacer la question du travail au cœur de sa pensée.

Lucas Sarafian  • 12 mars 2025 abonné·es
Ian Brossat : « Il faut imposer les questions du travail dans le débat à chaque occasion »
Au Sénat, à Paris, le 5 mars 2025.
© Maxime Sirvins

Ian Brossat, 44 ans, est sénateur communiste de Paris depuis 2023. Porte-parole du PCF depuis 2018, il a également été adjoint à la maire de Paris chargé du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés de 2014 à 2023. En 2019, il a conduit la liste communiste aux européennes (2,5 %). Et, trois ans plus tard, il a dirigé la campagne de Fabien Roussel pour la présidentielle (2,3 %).

Donald Trump a suspendu l’aide militaire à l’Ukraine (1), l’Union européenne (UE) veut se réarmer et Emmanuel Macron avance vers une « économie de guerre ». Comment vous positionnez-vous dans ce désordre mondial ?

Ian Brossat : D’abord, l’élection de Donald Trump suscite des inquiétudes extrêmement fortes. Les États-Unis constituent une menace majeure. Plus personne ne peut sérieusement les présenter aujourd’hui comme un allié. Les communistes n’ont jamais considéré qu’il fallait se placer sous la protection états-unienne. Et je constate que les atlantistes ont une prise de conscience tardive. Ça ne date pas d’aujourd’hui que les États-Unis se fondent sur leurs intérêts plutôt que sur les valeurs. Néanmoins, il est incontestable que cette logique est désormais assumée de manière brutale.

Dans ce contexte, Ursula von der Leyen annonce un plan de 800 milliards d’euros pour réarmer l’Europe. Il provoque chez moi au moins trois interrogations. Depuis le traité de Maastricht, l’UE a fait pression sur les États membres pour faire baisser drastiquement les dépenses publiques, avec ce fameux dogme des 3 % de déficit budgétaire autorisé pour chaque pays. C’est au nom de cette règle qu’on a imposée aux peuples européens des sacrifices sur leurs hôpitaux publics ou leurs écoles. Et aujourd’hui on nous dit qu’il y a les moyens pour financer 800 milliards d’euros de dépenses militaires. Cela surprend.

Emmanuel Macron devrait plutôt commencer par protéger notre industrie.

Nous pouvons aussi nous poser une autre question : à qui allons-nous acheter les armes ? Aujourd’hui, les États européens se fournissent à plus de 60 % hors de l’UE, notamment aux États-Unis. Il serait paradoxal que, pour se protéger des Américains, on achète des armes aux Américains ! Il faut que cet effort en matière militaire se double d’une stratégie industrielle. En Isère, l’usine Vencorex, qui fabrique des sels indispensables aux carburants pour nos missiles, est sous la menace d’une liquidation judiciaire, et de nombreux salariés risquent de se retrouver sur le carreau.

Il y a une contradiction à dire qu’il faut réarmer l’UE, qu’il faut retrouver une autonomie stratégique, tout en laissant mourir nos industries. Emmanuel Macron lance des slogans comme « l’Europe de la défense », mais il devrait plutôt commencer par protéger notre industrie, ce qui permettrait de retrouver une forme de souveraineté en la matière. Et, enfin, qui va payer, dès lors que le président a exclu toute hausse d’impôts ? Il est hors de question d’imposer un tour de vis supplémentaire aux peuples d’Europe. Ils ne le supporteraient pas.

"La principale difficulté à laquelle la gauche est confrontée, c’est l’affaiblissement de la conscience de classe." (Photo : Maxime Sirvins.)

« Sentiment de submersion » migratoire, débat sur l’identité nationale, évocation d’un changement constitutionnel pour durcir la politique migratoire… Le gouvernement se place-t-il dans la roue de l’extrême droite ?

Le gouvernement est dans une stratégie méthodique qui vise à saturer l’espace médiatique autour des enjeux migratoires. Le débat autour des accords franco-algériens en est l’exemple : des membres du gouvernement, la droite et l’extrême droite mènent une offensive concertée. Bruno Retailleau menace de rompre avec ces accords, Éric Zemmour explique que la colonisation est une « bénédiction », Louis Sarkozy appelle à « brûler » l’ambassade d’Algérie, François-Xavier Bellamy considère que l’Algérie a « du sang sur les mains »…

C’est une attaque politique qui n’a aucune efficacité. Les propos de Retailleau n’ont abouti à aucune exécution d’OQTF d’individus dangereux supplémentaires. Pour eux, ce n’est pas un enjeu de politique publique, c’est un ingrédient d’une bataille idéologique qui vise à faire de l’étranger un ennemi. Au Sénat, la droite mène le même combat. Un débat a eu lieu il y a trois semaines sur une proposition de loi interdisant le mariage aux personnes sans papiers. Cette semaine, une proposition de loi sur la restriction de l’accès aux prestations sociales pour les étrangers en situation régulière sera débattue. Ce texte sera suivi d’un autre visant à allonger la durée de détention en centre de rétention administrative.

La droite et les macronistes veulent faire en sorte que l’immigration soit le seul sujet en débat dans la société.

La droite et les macronistes veulent faire en sorte que l’immigration soit le seul sujet en débat dans la société. Et, dans ce gouvernement, Bruno Retailleau est évidemment la tête de gondole de cette stratégie politique. Pour que le mot « salaire » soit prononcé dans cet hémicycle, il a fallu la niche parlementaire des sénateurs communistes, qui portaient la proposition d’indexer les salaires sur l’inflation. Sinon, nous ne parlons jamais de la question sociale, des salaires, du pouvoir d’achat ou des services publics.

Quel est le but de

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