Palestine : quatre auteurs pour l’histoire

On ne compte déjà plus les livres parus sur Gaza depuis le 7 octobre 2023. Nous en recensons ici quelques-uns qui portent des regards très différents sur la tragédie.

Denis Sieffert  • 26 mars 2025 abonné·es
Palestine : quatre auteurs pour l’histoire
À Jérusalem, le 27 février 2025, des militants d’extrême droite réclament l’occupation de Gaza et la reprise de la guerre pour détruire le Hamas.
© Mostafa Alkharouf / ANADOLU / AFP

Écrire sur Gaza, analyser ou décrire l’effroyable situation qui résulte du massacre actuel est sans doute une thérapie pour qui a ce privilège. C’est surtout prendre date pour l’avenir, impuissants que nous sommes face au présent. Sous des angles très différents, Pascal Boniface, Edwy Plenel, Meriem Laribi et Sophie Bessis viennent nourrir notre réflexion, comme avant eux Alain Gresh, Didier Fassin, Enzo Traverso, Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Conseils insistants de lecture.

Pascal Boniface propose un ouvrage historique très synthétique qui restitue des vérités souvent brouillées par des décennies de propagande. Le directeur de l’Iris rappelle par exemple que la Nakba (l’exode de quelque 700 000 Palestiniens en 1948) n’est pas un dégât collatéral de la première guerre israélo-arabe, comme il est dit constamment, mais de la terreur organisée par les groupes sionistes avant la proclamation de l’État d’Israël.

Le récit dominant sur l’échec du processus d’Oslo, en juillet 2000, est également revu et corrigé pour rendre justice à Arafat, accablé par la propagande israélo-américaine. La contre-vérité a fait des ravages, sonnant le glas du leader palestinien et précipitant pour longtemps le conflit dans une impasse propice aux extrémistes de tout bord.

Boniface analyse la droitisation de la société israélienne, qui n’est évidemment pas la conséquence du 7-Octobre. Au cours des neuf premiers mois de 2023, les raids des colons en Cisjordanie, appuyés par l’armée, avaient déjà fait 150 morts parmi les Palestiniens. Le livre a aussi l’avantage d’élargir le champ, en resituant le conflit dans un contexte international défavorable aux Palestiniens. Et il n’y a pas que Trump. Le désengagement d’Obama fut aussi lourd de conséquences.

Persistance coloniale

Reprenant des chroniques parues dans Mediapart, Edwy Plenel nous dit, lui, pourquoi le conflit israélo-palestinien, par sa portée universelle, dépasse de beaucoup le périmètre où il se déroule. Il pointe la responsabilité historique de François Hollande, qui a rompu avec la tradition gaullo-­mitterrandienne, préférant devenir le « Guy Mollet » de notre époque, captif d’une pensée coloniale qui ne passe décidément pas, et fossoyeur du PS comme son lointain prédécesseur fut celui de la SFIO.

Comme Mollet avait perdu son âme dans la guerre d’Algérie, Hollande s’est abîmé dans le soutien aux crimes d’Israël. Depuis le 7-Octobre, « la France officielle donne à voir son abaissement raciste », commente Plenel, qui constate « la persistance de la question coloniale ».

Le fondateur de Mediapart décrit ce véritable « maccartysme à la française » qui s’est installé pour intimider et réprimer les soutiens aux Palestiniens. Son livre fait réfléchir aux fragilités de notre démocratie. Il pose la question morale dans ses différentes ramifications : il rejette comme un aveuglement tout ce qui ressortit à un soutien inconditionnel ; il refuse le précepte stalinien « la fin justifie les moyens » ; il rappelle que « la solution du désastre ne peut être laissée aux responsables israéliens dans l’indifférence au sort des Palestiniens ». C’est pourtant bien, hélas, l’option actuelle.

La racine du mal : le racisme

L’Algérie, nous y revenons avec Meriem Laribi, née à Alger, arrivée en France à 15 ans, fille d’un militant de l’indépendance, « athée », précise-t-elle, et qui fut torturé par ­l’armée française. Autant dire que Meriem Laribi, journaliste engagée, vit la question coloniale de Gaza et de Cisjordanie dans sa chair. D’où ce récit sensible, structuré par le calendrier, d’octobre 2023 à octobre 2024, recensant les crimes ­d’Israël ainsi que les lâchetés des médias et des politiques, silencieux ou cyniques. Comme Plenel, l’autrice pointe l’enracinement de la pensée coloniale en Occident.

Le livre, très personnel, laisse parler une colère que résume un titre qui sonne comme un dépit : « Ci-gît l’humanité ». Mais il est aussi un document pour le futur, quand le temps sera venu pour les « grands de ce monde » de déplorer et de s’écrier en chœur « si on avait su ! ». En attendant,

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