Adaptation climatique : « La France n’est pas prête »
Quentin Ghesquière, ex-responsable de campagne et de plaidoyer Adaptation, alimentation et agriculture d’Oxfam France livre son avis sur le 3e plan d’adaptation au changement climatique tout juste dévoilé, jugé très insuffisant.

Comment adapter la France à un réchauffement climatique pouvant atteindre +4°C à la fin du siècle ? C'est l'énigme qu'est censé résoudre le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc3), présenté le 10 mars par la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Une cinquantaine de mesures pour préparer la population aux événements climatiques extrêmes, protéger le patrimoine et assurer l’habitabilité des territoires. Or, ce plan reste globalement calqué sur les précédents, et manque cruellement de moyens financiers.
Quentin Ghesquière, aujourd’hui président de l’association Hop (Halte à l’obsolescence programmée), a été responsable de campagne et de plaidoyer Adaptation, alimentation et agriculture pour Oxfam France pendant plusieurs années. Il a notamment corédigé le rapport d'Oxfam sorti en juillet 2024 intitulé « Changement climatique : nous ne sommes pas prêt.es » et publiera un livre en mai prochain S'adapter ou mourir (éditions Rue de l'Échiquier). Son analyse est cinglante : la stratégie de l'État français n'est pas à la hauteur et dénie les inégalités sociales face au changement climatique.
La France est dotée depuis 2011 d’un plan national d’adaptation au changement climatique et le troisième vient d'être dévoilé après deux ans d'attente. Qu'en retenez-vous ?
Quentin Ghesquière : Dans ce troisième plan, on a franchi un seuil qualitatif par rapport aux deux précédents, qui étaient seulement de grandes déclarations péremptoires qui n’engageaient ni l'État, ni les collectivités. À aucun moment, il n'y avait de mesure contraignante prenant réellement en compte les ressentis du changement climatique en France aujourd'hui. On parle de milliers de personnes qui meurent chaque année du changement climatique, de milliards d'euros de dommages chaque année ! Sur ce plan, il y a plus d'intentions, de moyens qui ont été mis pour le diagnostic, et on a pris la mesure du fait qu'on coexiste désormais avec le changement climatique.
Il y a une avancée majeure avec la définition de la trajectoire de référence de l’adaptation au changement climatique (Tracc) qui sera l'indicateur pour tous les documents de planification publique et qui aura une valeur juridique. De plus, la ministre a assuré qu'il y aurait des indicateurs de performances sur chacune des mesures avec un acteur identifié, son degré de réalisation, et le budget associé afin de mesurer si cela a été appliqué ou pas. Mais ce n'est pas suffisant car le plan global n'est pas opposable à l'État alors qu'on a les moyens d'évaluer l'État.
L'État dispose de toutes les informations mais n'a pas jugé utile de faire une analyse par vulnérabilité différenciée.
Ensuite, les inégalités sont encore insuffisamment prises en compte. Le plan parle des personnes précaires à propos du renforcement de la rénovation thermique des bâtiments, et des centres de détention, mais c'est à peu près tout. Il n'y a aucune mesure genrée alors qu'on sait que les femmes sont proportionnellement plus touchées par les impacts du changement climatique que les hommes. Il n'y a quasiment rien sur la petite enfance, sur les personnes âgées et isolées alors qu'il s'agit de la majorité des victimes du changement climatique touchées par les vagues de chaleur, première cause de décès.
L'État dispose de toutes les informations mais n'a pas jugé utile de faire une analyse par vulnérabilité différenciée, et c'est problématique. Si on appliquait l'ensemble du Pnacc demain, le nombre de victimes du changement climatique ne changerait pas car il est intrinsèquement lié aux inégalités !
Concernant le financement, 75 millions d’euros supplémentaires seront alloués au fonds Barnier pour la protection des personnes et des biens exposés au changement climatique, le
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