« Que l’État joue enfin son rôle avec un vrai plan d’adaptation climatique »
Une action en justice inédite vise les politiques d’adaptation climatique de la France, jugées insuffisantes. Trois sinistrés climatiques témoignent des impacts du changement climatique sur leur quotidien.

Quatorze citoyen·nes et des associations ont lancé un recours en justice contre l’État français l’accusant de ne pas répondre à ses obligations de protection des populations en termes d’adaptation au changement climatique. Une action inédite dans l’Union européenne, initiée par trois des ONG qui avaient porté le recours dit de « l'Affaire du siècle » pour inaction face au changement climatique en 2018 : Oxfam, Greenpeace et Notre affaire à tous.
Ils pointent en particulier les insuffisances criantes du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc3) publié en mars dernier censé préparer la France métropolitaine à un scénario de +4 °C. Trois des sinistrés climatiques corequérants de l’affaire livrent leur témoignage, mettant en lumière les impacts actuels du changement climatique sur les logements, sur la santé et pour l’agriculture.
Marie Le Mélédo, habitante des Lilas, en Seine-Saint-Denis« J'ai acheté un appartement en 2018 et juste après la sécheresse d'août 2020, il s'est complètement fissuré. Quand je suis rentrée de vacances, j'ai vu que tout était fissuré, que le plancher était enfoncé, que les portes et fenêtres ne s'ouvraient plus… Il est aujourd'hui inhabitable. Au début, j'ai cru que c'était de ma faute, à cause des travaux de remise à neuf que j'avais faits. Au bout de deux ans et 20 000 euros d'études, on a compris ce qu'il s'était passé, le lien entre les mouvements de sols, la sécheresse et l'état de sinistre de l'appartement.
"Si je participe à ce recours, c'est pour rendre compte d'une réalité qui est ce changement climatique. On le vit tous les jours." (Photo : Affaire du siècle.)En 2020, c'était la première fois que la ville des Lilas était reconnue en état de catastrophe naturelle pour une question de sécheresse ! Ce bâtiment a très bien tenu depuis sa construction il y a 150 ans, mais ses fondations sont adaptées au climat d'il y a un siècle. Le bâtiment a été mis en arrêté de péril ordinaire. Je ne souhaite à personne ce qui m'arrive. Depuis ce jour-là, je suis entrée dans un tunnel pour essayer de sauver la situation. Ça bouleverse une vie de subir une catastrophe naturelle de ce type-là. Ne plus pouvoir habiter chez soi divise votre vie sociale et affective par deux car il faut gérer ce problème le soir et le week-end.
Si je participe à ce recours, c'est pour rendre compte d'une réalité qui est ce changement climatique.
Financièrement, c'est lourd à porter car je dois autofinancer mon relogement. Aujourd’hui, je paye 1 200 euros pour l’emprunt de l’appartement sinistré, ainsi que 700 euros pour mon relogement, soit environ 2 000 euros par mois. Sans compter les études complémentaires nécessaires dans ce genre de dossier (bureaux de contrôles, architectes, maîtres d'œuvre...) qui fait un budget total d’environ 15 000 euros par an. Cela remet en cause les autres projets de vie et cela dure pendant des années. Si je participe à ce recours, c'est pour rendre compte d'une réalité qui est ce changement climatique. On le vit tous les jours. Et pour demander que l'État joue enfin son rôle avec un vrai plan d'adaptation climatique, avec une vraie vision long terme, sur un siècle, sur comment on répond à tous ces enjeux. »
Jérôme Sergent, paysan à Rumilly, dans le Pas-de-Calais« Il y a six ans, ma compagne et moi nous sommes installés en tant que paysans sur une ferme
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