« Banlieues chéries », une déclaration d’amour

Le Musée de l’histoire de l’immigration propose une exposition sur les banlieues, en faisant des marges le centre de la création et de l’engagement.

Juliette Heinzlef  • 23 avril 2025 abonné·es
« Banlieues chéries », une déclaration d’amour
Carte postale « Les Choux, Créteil (94) ».
© Collection Renaud Epstein

La Courneuve, Pantin, Saint-Denis, Créteil, Nanterre, Gennevilliers, Sarcelles, Saint-Ouen… Autant de villes que de vécus communément ravalés sous le terme « la banlieue ». C’est pour ébranler cette vision englobante des quartiers populaires que le Musée de l’histoire de l’immigration présente son exposition « Banlieues chéries ».

La volonté de porter ce cri d’amour, détonnant dans le débat public, a été lancée par la directrice du musée, Constance Rivière : « Le sujet s’est très vite imposé à nous comme un mal pensé qui rencontrait la mission du musée à proposer d’autres perspectives. L’exposition se veut être un regard sensible sur les banlieues dont beaucoup d’artistes, commissaires et conseillers scientifiques sont issus, mais aussi un appel à chérir nos banlieues comme des lieux de créativité, d’habitat et de lutte. »

Il y a autant de manières de définir les banlieues que de les vivre.

H. Makhlouf

Ce, à travers plus de 200 œuvres, archives, peintures, photos et installations qui entendent élargir la focale sur ces espaces mal connus et, par-là, sortir du cliché. « Le plus grand défi était de ne pas participer de manière volontaire ou involontaire à l’exotisation de ces espaces, mais d’entrer en empathie avec toutes les personnes représentées », commente Horya Makhlouf, l’une des commissaires de l’exposition originaire de Pantin.

Le visiteur est ainsi invité à se livrer à une déambulation affective au sein d’un parcours artistique et thématique. La première section de l’exposition met en écho les siècles et les médiums. Elle fait dialoguer les peintures impressionnistes de Monet et le film de Rayane Mcirdi, intitulé Le Croissant de feu, sur la destruction de la barre des Gentianes en 2011. La douceur des banlieues boisées du XIXe siècle fait face à l’amertume des habitants relégués dans des lieux en rénovation perpétuelle, traduisant les sentiments composites qu’ont pu inspirer ces espaces.

Les photographies des bidonvilles de la militante et écrivaine Monique Hervo marquent le passage du construit en transit à « l’habité ». Le visiteur est peu à peu convié à l’intérieur des foyers où se déploient des trajectoires individuelles, en marge des récits de la « grande Histoire ». « On a cherché à parler de plusieurs typologies de lieux car il y a autant de manières de définir les banlieues que de les vivre », explique Horya Makhlouf.

"Partir de l’intime et de la vie des habitants"

Les dessins des repas familiaux à Bondy par Neïla Czermak Ichti côtoient ainsi l’installation interactive d’Anne-Laure Boyer qui reconstitue un appartement avec les objets du quotidien ayant appartenu à des habitants de la banlieue bordelaise. Pour Constance Rivière, « partir de l’intime et de la vie des habitants, de la vie de celles et ceux qui vivent en banlieue, plutôt que de commencer par la lutte ou l’urbanisme est assez singulier. C’est peut-être le résultat d’un commissariat et d’un conseil scientifique composés à 95 % de femmes ».

Mais les banlieues sont aussi des espaces engagés, ce que s’attèle à montrer la deuxième section

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