Un monde fascisé

À l’heure où partout les extrêmes droites prospèrent et les régimes illibéraux se renforcent, un numéro spécial de Politis, réalisé avec la Fondation Copernic, se propose d’explorer les formes contemporaines de fascisation et les luttes qui s’y opposent.

Pierre Jacquemain  et  Marie-Pierre Vieu  • 24 avril 2025
Partager :
Un monde fascisé
La couverture du hors-série n°81 de Politis, avec la Fondation Copernic.
© Politis

De la Chine à la Russie en passant par la Hongrie ou Israël, sans parler des États-Unis ou de l’Italie, partout les extrêmes droites prospèrent, les régimes illibéraux se renforcent, les agitateurs de haine ciblent les femmes, les pauvres, les personnes en situation de handicap, les étrangers, premières victimes de leurs politiques.

Une normalisation de l’intolérable est à l’œuvre, où la parole publique se décomplexe, s’inspirant des rhétoriques fascistes du passé.

Dans le nouveau monde qui se présente à nous, les faits n’ont plus de sens, le dérèglement climatique est nié et le capitalisme s’impose dans sa forme la plus prédatrice. Même le droit ne fait plus loi. « Nous sommes passés de la force du droit au droit de la force », comme le dit Bertrand Badie, qui s’inquiète à juste titre de voir les législations internationales bafouées, y compris par les grandes puissances dites démocratiques, et s’instaurer une logique de guerre.

En France aussi la tentation fasciste se fait pressante. Les attaques contre la justice et les juges par une large partie de la classe politique, faisant suite à la condamnation du Rassemblement national et de Marine Le Pen pour détournement d’argent public, n’en sont qu’une inquiétante manifestation.

Sur le même sujet : Le Pen : ce n’est que justice !

Ce numéro spécial de Politis (que vous pouvez dores et déjà commander sur notre boutique) réalisé avec la Fondation Copernic, se propose d’explorer les formes contemporaines de fascisation et les luttes qui s’y opposent. Parce que nous sommes en train de vivre un basculement et sommes déjà entrés dans ce qu’il convient d’appeler la fascisation du monde. Chacun cherche sa tronçonneuse, ce symbole qui avait précédé l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en Argentine, pour fustiger l’État social et redistributif.

C’est une bataille culturelle, sociale et politique que nous avons à mener.

En France, cette quête s’exprime dans une forme de plus-à-droite-que-moi-tu-meurs, quand Laurent Wauquiez, en compétition interne pour la présidence des Républicains, nous donne la nausée en proposant de déporter les étrangers en situation irrégulière à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il n’est pas une exception. Une normalisation de l’intolérable est à l’œuvre, où la parole publique se décomplexe, s’inspirant des rhétoriques fascistes du passé.

Peur de l’Autre

La concentration des médias et de l’édition participe de cette extrême-droitisation du débat, où sont sans cesse confondues immigration et insécurité, identité et exclusion, République et autorité. C’est la construction d’une société qui doit avoir peur de l’Autre. Quand l’essentiel des préoccupations des citoyens est lié à la santé, à l’éducation, au logement, au pouvoir de vivre, tout simplement.

Sur le même sujet : Soutenir les victimes de l’extrême droite

Face à cette menace, des collectifs, des associations, des partis et parfois des institutions s’organisent pour défendre les droits humains et les principes démocratiques. La résistance au fascisme passe par l’éducation, un meilleur accès à la culture et à la connaissance, la mobilisation citoyenne et la défense des valeurs humanistes. Mais aussi par la lutte contre le déclassement, pour l’égalité des droits au travail comme dans la cité, le refus de toute sorte d’exploitation, de domination et de discrimination.

Ce hors-série (1) se veut un appel à la réflexion et à l’action. Car, au fond, c’est une bataille culturelle, sociale et politique que nous avons à mener. Une bataille pour refaire du commun dans un monde qui se délite. Pour construire un avenir où les valeurs de solidarité et de respect des droits humains prévaudront sur les tentations autoritaires.

1

À retrouver en kiosque et sur notre boutique et sur notre site, où les articles seront mis en ligne régulièrement au fil des jours à venir.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon 4 mai 2026

« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.
Par Pierre Jacquemain
Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser
Parti-pris 27 avril 2026

Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser

Derrière les discours de rigueur et de neutralité, le rapport porté par Charles Alloncle esquisse bien davantage qu’une réforme technique : une remise en cause profonde du pluralisme médiatique.
Par Pierre Jacquemain
Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé : être musulman·e, c’est toujours risquer d’en mourir
Parti pris 24 avril 2026

Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé : être musulman·e, c’est toujours risquer d’en mourir

Depuis le 25 avril 2025, rien n’a changé. Ce qui illustre un processus de banalisation des violences visant les musulman·es. Le silence et le déni persistent.
Par Kamélia Ouaïssa