En France, l’État acte l’abandon des quartiers
En voulant supprimer l’Observatoire national de la politique de la ville, le gouvernement choisit de fermer les yeux sur les inégalités qui traversent les quartiers populaires. Derrière un choix présenté comme technique, c’est en réalité un effacement politique du réel qui se joue.
dans l’hebdo N° 1859 Acheter ce numéro

© Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le 10 avril, dans l’indifférence feutrée de l’Assemblée nationale, les députés ont rejeté cinq amendements visant à empêcher la suppression de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV), dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique. Officiellement, l’objectif est de rationaliser les structures administratives jugées redondantes.
Sa suppression est arrivée, par amendement aussi, en mars 2025. « Il est nécessaire de simplifier la décision publique et à réduire la dépense publique liée à la multiplicité des comités, conseils, commissions, instances, qu’ils soient consultatifs, stratégiques, d’orientation ou de surveillance », justifie la majorité présidentielle. Mais officieusement, pour certains, c’est surtout la fin d’un outil unique de suivi et d’évaluation des politiques menées dans les quartiers prioritaires. Derrière cette mesure technique, c’est bien « une régression » des politiques en direction des quartiers populaires qui se profile.
Créé par la loi du 21 février 2014, l’ONPV a pour mission de mesurer chaque année l’évolution des écarts entre les quartiers dits prioritaires et le reste du territoire. Chaque année, un rapport est publié, accompagné d’analyses thématiques sur l’éducation, la pauvreté, l’emploi, la sécurité ou encore l’accès aux soins. Ces travaux permettent non seulement de nourrir le débat public, mais aussi d’éclairer les choix politiques.
C’est clairement une manière d’invisibiliser les problématiques spécifiques aux quartiers prioritaires de la ville.
C. Lejeune« Le rapport de l’ONPV, tout comme les rapports d'observatoires de la pauvreté, a aussi pour fonction, non seulement de produire du savoir et des instruments de suivi et d’évaluation des politiques publiques, mais aussi de permettre à certaines questions de revenir à l’actualité », alerte Renaud Epstein, professeur de sociologie et directeur adjoint de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye.
Selon lui, « l’argumentation budgétaire ne tient pas la route ». Il rappelle que le fonctionnement de l’Observatoire repose essentiellement sur un ou deux postes équivalents temps plein et une mobilisation bénévole de chercheurs et d’agents publics. Le budget de l’ONPV est estimé à quelques dizaines de milliers d’euros par an. Une goutte d’eau dans le budget de l’État.
Plus grave encore : l’ONPV ne se contente pas d’agréger des statistiques, il est un levier de mobilisation interinstitutionnelle. Il a accès à des données détenues par d’autres administrations, organisation et chercheurs. Renaud Epstein en donne un exemple : « À la tête de l’Onzus [Observatoire des zones
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