Une aide-soignante en Ehpad, qui dénonçait ses conditions de travail, licenciée 3 fois en 6 mois

Astrid, aide-soignante à la Villa d’Avril, un Ehpad de Saint-Avold (Moselle), dit subir un « harcèlement moral » de la part de la direction de l’établissement, qu’elle accuse de vouloir la faire taire alors qu’elle alertait sur un sous-effectif chronique.

Pierre Jequier-Zalc  • 11 avril 2025 abonné·es
Une aide-soignante en Ehpad, qui dénonçait ses conditions de travail, licenciée 3 fois en 6 mois
© Thierry ZOCCOLAN / AFP

Astrid a-t-elle été licenciée parce qu’elle dénonçait ses conditions de travail ? Voilà la réponse à laquelle devra répondre le juge professionnel des prud’hommes de Forbach (Moselle), ce lundi 14 avril. Pour l’aide-soignante de 59 ans, cela ne fait aucun doute. « Je commençais à déranger donc ils ont trouvé quelque chose pour me mettre dehors », souffle-t-elle. Cela fait huit mois que sa vie a basculé dans un contentieux qui s’éternise où elle a été licenciée à trois reprises en l’espace de six mois.

Mais comment cela est-il possible ? Rembobinons. En septembre 2021, Astrid est embauchée comme aide-soignante au sein de La Villa d’Avril, un Ehpad appartenant au groupe Colisée. Moins d’un an plus tard, elle obtient un CDI dans cet établissement. Tout se passe alors bien, ses entretiens annuels sont très bons et elle aime son travail. « On est une super équipe », note-t-elle.

On devait faire le travail de deux voire trois personnes.

Astrid

À partir de septembre 2023, cependant, l’aide-soignante remarque une importante dégradation des conditions de travail. Notamment un sous-effectif chronique, qui empêche une prise en charge adaptée et décente des résidents. « Avec la CGT, on a alerté que certains aînés n’avaient pas été changés. Les personnels absents n’étaient pas remplacés. On devait faire le travail de deux voire trois personnes. Cela ne permet pas une bonne prise en charge des résidents », raconte-t-elle.

Ces situations s’accumulant, elle décide d’alerter sa direction. À plusieurs reprises, elle envoie donc des mails, avec une élue membre du comité social et économique (CSE), à ses supérieurs. « Ce matin […] j’ai remarqué qu’aucun résident n’a été changé la nuit. Les résidents sont donc souillés de la tête aux pieds, frigorifiés. Cette négligence m’oblige à faire double travail. […] Il est compliqué pour moi de continuer à travailler dans de telles conditions. Je vous remercie de prendre en compte mon mail », écrit-elle, par exemple.

Salariée protégée

Finalement, pour avoir davantage de prise sur ces conditions de travail, Astrid décide de se présenter pour être élue représentante de proximité au sein de son établissement. On est le 1er août

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Luttes 3 juin 2026

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?

Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
Par Céline Martelet, Alix Garcia et Juliette Heinzlef
Villes RN : un avant-goût de la mise au pas de la démocratie
Analyse 3 juin 2026 abonné·es

Villes RN : un avant-goût de la mise au pas de la démocratie

Le Rassemblement national ou ses alliés politiques n’aiment pas les organisations syndicales. Les 62 municipalités qu’ils contrôlent désormais sont des laboratoires où ils testent leurs méthodes contre les représentants des travailleurs et travailleuses.
Par Céline Martelet
« Plus d’implantation syndicale, c’est moins de vote pour l’extrême droite »
Entretien 3 juin 2026 abonné·es

« Plus d’implantation syndicale, c’est moins de vote pour l’extrême droite »

Kamel Brahmi est secrétaire général de l’Union départementale CGT de la Seine-Saint-Denis. Alors que les « idées nauséabondes » du RN et autres partis nationalistes infusent, comme ailleurs, dans ses rangs, il agit au quotidien pour remobiliser et muscler, à son échelle, une organisation historiquement la plus proche du monde ouvrier.
Par Céline Martelet
Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle
Analyse 29 mai 2026 abonné·es

Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle

Au mois de juin, après FO, c’est au tour de la CGT et de la CFDT d’organiser leurs congrès. Des rendez-vous très importants pour ces organisations, à un an des échéances électorales de 2027. De quoi susciter des débats en interne, notamment sur la lutte contre l’extrême droite.
Par Victor Fernandez