Djamil le Shlag, le coup du rire

Après sa démission éclair de France Inter, l’humoriste et chroniqueur continue de tourner avec son deuxième spectacle et signe son retour sur les ondes de Radio Nova avec sa propre émission. Portrait d’un homme libre aux histoires « incroyables ».

Louis Bolla  • 4 juin 2025 abonné·es
Djamil le Shlag, le coup du rire
© Benjamin Béraud

"Patrick Buisson ! » Dès la mise en route de notre dictaphone, Djamil le Shlag taquine. Il glisse le nom de l’essayiste d’extrême droite qui, à l’aide d’un appareil caché, a enregistré Nicolas Sarkozy et ses conseillers, du temps où il était lui-même conseiller à l’Élysée. C’est samedi soir et, comme souvent les samedis soir, l’humoriste file à la Scène parisienne pour jouer son spectacle. Le Shlag fait une pause pour nous dans le nord de la capitale. La barre du mètre 90 passée, l’homme de 42 ans porte des lunettes de vue aviateur et un béret Kangol famoso vissé sur la tête, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige. Il commande un grog sans alcool pour adoucir ses maux de gorge.

Dans un village de 1 000 habitants, si t’es sur Inter, tu peux remplir une salle de 300 personnes.

Djamil

L’année dernière, le comique a fait du bruit en claquant la porte de France Inter en direct. Il était chroniqueur dans l’émission « Le Grand Dimanche soir ». Une façon de manifester son soutien à Guillaume Meurice, mis à pied par la direction après sa blague sur le prépuce de Netanyahou. Le Shlag est parti comme la tempête arrive, mais la marée montait en réalité depuis longtemps. « Dans ce monde de l’humour, l’ambiance fait tout. Quand ça casse, il faut changer de cycle », glisse Mounir Soussi, son coauteur et associé de toujours. Et depuis, une question squatte dans notre tête.

Serait-il l’humoriste le plus libre de France ? Les chroniqueurs de la station du service public sont perfusés par les audiences. Elles sont un coup de pouce considérable pour remplir les salles de spectacle, même dans les villes les plus reculées de France. « Dans un village de 1 000 habitants, si t’es sur Inter, tu peux remplir une salle de 300 personnes », assure l’ex-chroniqueur maquisard. L’équivalent, pour un routier, de refuser un plein d’essence gratuit par semaine pour voyager sur l’autoroute du Soleil. Vous voyez le genre ? Mais pour le Shlag et Soussir, pas question de se fourvoyer « pour garder les attributs d’un succès ».

Le "syndrome Smaïn"

Treize mois plus tard, Djamil le Shlag, plus indépendant que jamais, tourne dans l’Hexagone avec son deuxième spectacle, Exode(s). Le modeste troubadour souffle un vent rafraîchissant avec ses histoires « incroyables », débitées avec un phrasé de conteur et une espièglerie bourrée d’autodérision. Il y a de quoi se faire une idée du bonhomme sur YouTube, où il a mis en ligne son premier spectacle, 1er Round.

Surtout, depuis fin avril, l’humoriste revient sur les ondes de Radio Nova, où il a démarré en 2016, avec une nouvelle émission : « Les Grands Remplaçants ». « Une razzia sur la bande FM et [des] gros ulcères pour les lecteurs de Renaud Camus. » Autrement dit, une heure d’humour sur l’actualité. Si l’islamophobie n’était pas tendance dans les médias, les magazines lifestyle parleraient de la verve du Shlag et de son émission comme d’un « muslim positive movement ».

Il ne se demande pas comment percer, mais comment être le plus drôle.

R. Graham

Sur le PAF comme dans ses tafs, le garçon a vécu, comme bien d’autres racisés, le « syndrome Smaïn » : « Quand tu trouves une place dans une entreprise en tant qu’Arabe, tu sais qu’il n’y en aura pas deux comme toi. Ça génère toujours

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Culture
Temps de lecture : 8 minutes