Avoir moins de 20 ans dans la bande de Gaza

Plus de 50 000 personnes au sein du territoire enclavé ont été tuées ou blessées par l’armée israélienne depuis le 7-Octobre. Mais le sort des survivants doit aussi alerter. Privée d’éducation, piégée dans un siège total au cœur d’une terre dévastée, toute la jeunesse grandit sans protection, sans espoir.

Céline Martelet  et  Shrouq Aila  • 4 juin 2025 abonné·es
Avoir moins de 20 ans dans la bande de Gaza
Deux enfants devant leur tente du camp de déplacés du port de Gaza City. Mai 2025.
© Shrouq Aila

Au milieu des adultes, ils sont là : des adolescents plongés dans le chaos du dispositif de distribution de colis alimentaires mis en place la semaine dernière par Israël et les États-Unis. « Je suis venu pour trouver de quoi nourrir mes petits frères, raconte Bilal, 15 ans, en sueur. J’aurais pu y laisser ma vie. » Sur sa frêle épaule, le Gazaoui tient fermement un carton en partie déchiré. À l’intérieur, quelques boîtes de conserve, du riz, des pâtes, des fèves et une bouteille d’huile.

« Au départ, on devait avancer dans un couloir vraiment très étroit, et attendre pour avoir notre part. Mais, à un moment, la situation est devenue incontrôlable. Et les soldats américains chargés de nous surveiller se sont retirés. J’ai entendu plusieurs tirs après ça. » Bilal sourit, soulagé d’avoir réussi à arracher de quoi nourrir sa famille pendant quelques jours. Sa peau est brûlée par le soleil et par le vent qui balaie la bande de Gaza depuis plusieurs jours. Le jeune garçon est trop maigre pour son âge. Trop fatigué également. Parce que les adolescents sont considérés comme plus agiles, plus résistants, chaque jour ils parcourent des kilomètres au milieu des tentes et des ruines pour trouver des aliments, de l’eau ou de quoi faire du feu.

Selon l’ONU, les enfants représentent près de la moitié des deux millions de Gazaouis obligés de quitter leur ­maison ou leur appartement depuis le début de la guerre. La grande majorité a dû fuir à plusieurs reprises les opérations de ­l’armée israélienne. Et à chacun de ces déplacements forcés, sur les images diffusées par les journalistes palestiniens, ce sont encore des jeunes filles et des jeunes garçons que l’on voit en première ligne. Des enfants devenus adultes trop vite, qui portent à bout de bras des bébés ou des sacs plus grands qu’eux. Ils poussent des carrioles où ont été installés des blessés et des personnes âgées.

Mon quotidien, c’est me réveiller, aller chercher de l’eau potable, laver les ­vêtements et préparer la pâte pour faire du pain.

Fajr

Dans les camps de déplacés qui s’étalent à perte de vue, leurs journées n’ont plus rien de celles d’adolescents. « Mon quotidien, c’est me réveiller, aller chercher de l’eau potable, laver les ­vêtements et préparer la pâte pour faire du pain », explique Fajr, 12 ans. Originaire de Jabalia, localité du nord de l’enclave complètement rasée par l’armée israélienne, le jeune Palestinien grandit sous une tente près de Khan Younès. « Le reste du temps, je joue au football avec mes amis. »

Le droit à l’éducation piétiné

La mer a toujours occupé une place centrale dans la vie de la jeunesse gazaouie, enfermée depuis dix-huit ans dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde. La Méditerranée est sa seule ouverture sur l’horizon. Aujourd’hui, les plages se sont transformées en camps de déplacés. Les longues corniches qui les bordaient ont été soufflées par les explosions. Mais cette jeunesse gazaouie continue de s’y retrouver. « On vit comme ça, réfugiés. On est privés de tout maintenant », confie Rihab.

Une adolescente devant l’entrée de l’hôpital d’Aqsa à Deir al Balah après un bombardement de l’armée israélienne. Octobre 2024. (Photo : Shrouq Aila.)

L’adolescente de 15 ans

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Monde
Publié dans le dossier
À Gaza, l'enfance assassinée
Temps de lecture : 12 minutes

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