L’écœurant appel du 18 juin du général Retailleau

Peut-on, dans la même journée, se prétendre héritier du général de Gaulle et organiser une opération nationale de chasse aux migrants ? Impossible n’est pas Bruno !

Loïc Le Clerc  • 19 juin 2025
Partager :
L’écœurant appel du 18 juin du général Retailleau
Bruno Retailleau à la gare du Nord à Paris, le 19 juin 2025, au lancement d'une opération de deux jours de contrôles dans les gares, les trains et les bus pour lutter contre « l'immigration illégale ».
© Martin LELIEVRE / POOL / AFP

Bruno Retailleau a lancé, ce 18 juin, une campagne à l’adresse de « la France des honnêtes gens ». Avec une poignée d’affiches à l’appui représentant un agriculteur, un cuisinier, une policière, un pompier et une infirmière – affiches visiblement conçues avec l’IA –, le président de LR espère gagner de nouveaux adhérents parmi « ces honnêtes gens qui travaillent dur, qui en ont marre de voir que d’autres abusent du système, qui vivent au crochet de la société ».

Vous êtes actuellement en train de consulter le contenu d’un espace réservé de Par défaut. Pour accéder au contenu réel, cliquez sur le bouton ci-dessous. Veuillez noter que ce faisant, des données seront partagées avec des providers tiers.

Plus d’informations

C’est beau, c’est la France, c’est le 18 juin parce que « nous sommes ses héritiers », dit-il en pensant à Charles de Gaulle. Mais Bruno Retailleau est un cumulard. En plus de présider l’héritage du Général, il est ministre macroniste. Et là, le 18 juin du ministre, c’est moins gaulliste que trumpien.

Sur le même sujet : Avec Bruno Retailleau, Les Républicains officiellement lepénisés

Le ministère de l’intérieur a fait passer une note d’instruction aux préfets, aux militaires, aux douaniers et aux directions de la gendarmerie et de la police : ces mercredi 18 juin et jeudi 19, on mobilise toutes les troupes pour contrôler les papiers dans les gares, les trains et les bus.

L’appel du 18 juin de Retailleau : organiser une chasse aux étrangers dans les trains ! 

E. Faucillon

En ligne de mire : les clandestins. « Dans ces 48 h, on va mobiliser 4 000 gendarmes, des policiers, des douaniers, des forces Sentinelle pour interpeller des clandestins », se pavane-t-il sur Cnews. Fier des 47 000 arrestations depuis le début de l’année, il se veut cash : « Ce que je veux dire, c’est que les clandestins ne sont pas les bienvenus en France de la façon la plus ferme et la plus définitive. »

Le modèle trumpiste

Le parallèle avec Donald Trump est inévitable. Le président américain est en guerre ouverte avec la population immigrée, envoie l’armée les chercher jusque dans leur maison pour les expulser sans ménagement. Une politique migratoire xénophobe qui provoque de violents affrontements entre population et forces de l’ordre.

Un modèle pour notre ministre donc… alors les « honnêtes gens », Bruno Retailleau n’en a cure, c’est l’imaginaire des « malhonnêtes » qui l’intéresse : les assistés, les barbares, les délinquants, les voyous. Et il s’imagine qu’il peut les violenter à sa guise sans que la majorité réagisse. Comme le commente sobrement la députée communiste Elsa Faucillon : « L’appel du 18 juin de Retailleau : organiser une chasse aux étrangers dans les trains ! »

Sur le même sujet : Trump, sur le chemin d’un régime autoritaire

Bruno Retailleau profite de la surmédiatisation de son poste de ministre de l’intérieur pour porter sa campagne présidentielle, à droite toute. Une surenchère d’autant plus violente que la compétition est rude entre lui, son collègue Gérald Darmanin, ses challengers Philippe et Attal. Tous entendent battre l’extrême droite en courant après. Très gaullien…

Le 22 juin 1940, dans un autre appel à la radio de Londres, le général de Gaulle en appelait à « l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie ». Bruno Retailleau ne porte en lui aucune de ces trois qualités.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La mort effroyable de Quentin D. et l’inversion morale du débat public
Extrême droite 16 février 2026

La mort effroyable de Quentin D. et l’inversion morale du débat public

La mort de Quentin D. à Lyon suscite une émotion légitime et une condamnation sans ambiguïté de toute violence politique. Mais au-delà du drame, le débat révèle un trouble profond : la banalisation progressive de l’extrême droite et la mise en accusation de celles et ceux qui la combattent.
Par Pierre Jacquemain
Procès du RN : pourquoi Bardella n’en a pas fini avec les Le Pen
Parti pris 11 février 2026

Procès du RN : pourquoi Bardella n’en a pas fini avec les Le Pen

À l’approche du verdict dans le procès de Marine Le Pen et du RN, c’est bien plus qu’une décision judiciaire qui se profile. Selon qu’il fragilise ou renforce la figure centrale du RN, le jugement pourrait accélérer une transition générationnelle. L’issue du procès s’annonce comme un moment charnière pour l’extrême droite française.
Par Pierre Jacquemain
Le plein-emploi, « ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché »
Parti-pris 10 février 2026

Le plein-emploi, « ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché »

L’Insee a publié les nouveaux chiffres du chômage ce mardi 10 février. En atteignant 7,9 %, le taux de chômage poursuit sa hausse entamée il y a un an, renvoyant l’objectif macroniste du plein-emploi au rang de fantasme.
Par Pierre Jequier-Zalc
Les ventres de femmes ne sont plus les couveuses d’un capitalisme mortifère
Politique 9 février 2026

Les ventres de femmes ne sont plus les couveuses d’un capitalisme mortifère

Emmanuel Macron va envoyer une lettre à tous·tes les Français·es de 29 ans pour les inciter à faire des enfants… Sans pour autant améliorer les conditions d’existence des familles.
Par Salomé Dionisi