« Nous avons dû creuser des fosses » : le témoignage d’un journaliste palestinien
Mohammed Zaanoun, photojournaliste palestinien, était invité à l’Assemblée nationale par la députée LFI Gabrielle Cathala. Il a livré un témoignage rendant hommage à ses confrères vivants continuant leur travail et à ceux qui ont été tués.

© Maxime Sirvins
Parmi les histoires qui hantent Mohammed Zaanoun, il y a celle d’une petite fille coincée dans les décombres d’un immeuble du quartier Yarmouk, dans la ville de Gaza. Elle avait envoyé un SMS à un membre de sa famille pour qu’il l’en sorte. Celui-ci avait interpellé Mohamed Zaanoun, sortant d’une voiture avec son équipement de journaliste. Les deux hommes se sont approchés de l’endroit où ils entendaient sa voix. « À peine audible. » « J’ai retiré mon casque et mis le micro dans les décombres pour entendre davantage », raconte Mohammed Zaanoun. Mais la voix s’est éteinte et la petite fille est morte. « J’ai documenté tous ces événements et j’ai avec moi les archives. »
« Par quoi commencer ? », se demandait Mohammed Zaanoun, quelques minutes avant de livrer ce récit. Rescapé du génocide organisé à Gaza par l’État israélien, il était invité ce matin, mardi 3 juin, par la députée LFI Gabrielle Cathala, à partager son témoignage. « La seule vérité, a d’abord dit le photojournaliste palestinien, c’est que tous les citoyens de Gaza se font tuer par tous les moyens et toutes les formes. »
« Tuer les journalistes, c’est faire taire la vérité »Les mots sont clairs. Suivi par plus d’1,4 million de personnes sur Instagram, Mohammed Zaanoun a remporté en 2024 le prix mondial de la liberté de la presse. « On n’a pas seulement documenté les massacres, mais des détails qui sont inimaginables pour un être humain », poursuit-il. Face à lui, dans une salle au sous-sol de l’Assemblée nationale, une dizaine de journalistes et quelques députés insoumis l’écoutent avec gravité.
En introduction, Gabrielle Cathala évoque les « 55 000 morts du génocide à Gaza, un nombre sous-estimé ». Assise près de Mohammed Zaanoun, à gauche de sa traductrice, Anne Paq, membre du collectif Reporters solidaires et du collectif de photographes décolonial Activestills, ajoute, en préambule de la rencontre : « Tuer les journalistes, c’est faire taire la vérité mais aussi détruire les archives, des mémoires, l’identité de tout un peuple. »
En février 2024, Mohammed Zaanoun a fui la bande de Gaza par l’Égypte avant de se réfugier aux Pays-Bas, où il a fait une demande d’asile. Sa fille souffre de diabète, un des traumatismes qui resteront gravés en elle. À l’école, elle parle avec les autres enfants réfugiés de ce qu’ils ont vécu, tous sont traumatisés. Une partie de sa famille est toujours à Gaza, Mohammed Zaanoun a, par tous les moyens, tenté de les faire sortir. Sans succès. Son père a perdu ouïe et vue à cause du manque de médicaments. « Et comme tout le monde, ils souffrent de la famine, du manque de traitements, du manque de tout en fait. »
« Ce n’est pas qu’une histoire individuelle mais celle de 276 journalistes tués »Quand il est arrivé en Europe, Mohammed Zaanoun explique avoir essayé de contacter les institutions relatives au
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