Le réalisateur David Moreau accusé de viol, une information judiciaire ouverte
La technicienne ayant porté plainte pour viol contre le cinéaste lors du tournage de King (2020) a appris, cinq ans plus tard, son classement sans suite, au terme d’une enquête lacunaire dont Politis révèle des éléments exclusifs. Après une nouvelle plainte avec constitution de partie civile, une information judiciaire vient d’être ouverte.

Sète, samedi 12 septembre 2020. Le tournage de King, un long métrage de David Moreau, a repris depuis une semaine dans la ville portuaire. L’équipe des électro-machinistes a organisé une petite fête. « Le cadre est idyllique : des lampions sur la plage, de la musique », raconte une personne présente. Mathilde*, habilleuse, profite de la soirée, mais a besoin à un moment de prendre l’air à cause de l’alcool. Avant de rejoindre l’hôtel, elle décide de passer par la plage pour se baigner. Elle quitte la fête.
Quelques minutes plus tard, le cinéaste de 44 ans, auteur de 20 ans d’écart (2013), rejoint la trentenaire. Dans l’eau, « il a tenté de l’embrasser à plusieurs reprises mais a été repoussé à chaque fois », consigne le policier dans une plainte pour viol, déposée par la technicienne, et que Politis a pu consulter. En regagnant la plage, Mathilde tombe sur les rochers. Une chute violente qui lui vaut une blessure au crâne. En plus de vertiges, elle saigne « abondamment », précise-t-elle dans le PV.
Elle avait des bleus partout. Je comprends qu’il s’est passé quelque chose de grave.
CaroleMathilde veut vite rentrer à l’hôtel. À Politis, elle soutient que David Moreau « ne voulait pas appeler les pompiers ». « À force d’insister, il m’accompagne à l’hôtel et m’essuie le visage ». Une fois dans sa chambre, la costumière accuse le cinéaste de l’avoir « poussé [sic] sur son lit tout en ayant ses deux poignet [sic] maintenus », puis de l’avoir pénétrée, avant qu’elle ne parvienne à le « repousser » pour qu’il parte. David Moreau, sollicité via son avocate, n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
Une poignée d’heures plus tard, le réveil est particulièrement difficile pour Mathilde. Il est midi, elle a perdu son téléphone et du sang séché colore son visage. Elle saisit son ordinateur pour écrire des messages à une technicienne avec qui elle travaille sur le tournage. Rendez-vous dans le hall. Carole* voit Mathilde dans un « état complètement second. Elle avait des bleus partout. Je comprends qu’il s’est passé quelque chose de grave », décrit-elle.
Les deux femmes sortent de l’hôtel et rejoignent des collègues sur le parking. Mathilde est en larmes. Elles décident ensemble de revenir sur la plage où l’habilleuse est tombée. Le petit groupe parvient à retrouver des habits parmi les taches de sang figé sur les rochers. Le téléphone est là. Un mail non lu figure dans la boîte de réception de Mathilde. Envoyé dimanche matin, à 10 h 33. L’objet : « News ». « Tu as retrouvé ton tel ? Tout va bien ? fais moi juste un petit signe. t’embrasse ». Il est signé David Moreau.
Sentiment d’impunitéLe dimanche se termine et Mathilde, qui n’a pas répondu au mail du cinéaste, tente de trouver un peu de repos. Elle n’est pas sûre de pouvoir travailler le lendemain. Lundi midi, elle décide finalement de quitter le tournage et de partir au Mans rejoindre son petit ami. C’est là qu’elle portera plainte le lendemain. Après cette date, elle pensait que l’enquête était lancée, s’imaginait que des techniciens étaient interrogés, et que toutes les preuves allaient être rassemblées.
Je n’ai pas été informée, ni de cette décision, ni des suites de l’enquête et ce depuis 2020.
MathildeElle est venue au poste de police munie d’un
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Du Front national à Jordan Bardella, un système financier opaque
Juste(s) juges – Épisode 1
Sur X, les députés RN font comme si le procès n’existait pas