Le droit international, outil de progrès ou de domination : des règles à double face
Depuis les traités de Westphalie, le droit international s’est construit comme un champ en apparence neutre et universel. Pourtant, son histoire est marquée par des dynamiques de pouvoir, d’exclusion et d’instrumentalisation politique. Derrière le vernis juridique, le droit international a trop souvent servi les intérêts des puissants.
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© Artur Widak / NurPhoto / AFP
Les traités de Westphalie (1648), signant la fin de la guerre de Trente Ans, ont consacré la souveraineté des États-nations, fondant l’idée d’un ordre international basé sur l’égalité juridique des États. Mais cette égalité était déjà profondément biaisée. Elle s’appliquait aux puissances européennes, à l’exclusion totale des peuples colonisés. Le système westphalien a ainsi posé les bases d’un droit international eurocentré, ignorant les structures politiques et juridiques des autres civilisations. Dès ses origines, le droit international est donc une construction idéologique, masquant une réalité d’asymétrie de pouvoir : l’Europe codifie les règles du jeu qu’elle est seule à jouer.
L’expansion coloniale européenne s’accompagne d’une extension du droit international – mais toujours au profit des colonisateurs.
Une nouvelle étape structurante survient avec le Congrès de Vienne en 1814, organisé à la suite des guerres napoléoniennes. Ce congrès ne se contente pas de redessiner les frontières européennes : il réaffirme les principes d’un ordre monarchique et conservateur, stabilisé par le droit et la diplomatie entre grandes puissances.
Là encore, le droit international est mobilisé non pour promouvoir l’autonomie des peuples, mais pour garantir un équilibre entre empires, excluant toute forme de souveraineté populaire ou de reconnaissance des aspirations nationales non européennes. Le « concert des nations » issu de Vienne érige en norme la domination politique des grandes puissances sur un ordre mondial prétendument pacifié.
Du XVIIIe au début du XXe siècle, l’expansion coloniale européenne s’accompagne d’une extension du droit international – mais toujours au profit des colonisateurs. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pourtant évoqué dès la Révolution française, reste lettre morte pour les colonies. La Conférence de Berlin (1884-1885), souvent oubliée, en est un exemple frappant : les grandes puissances y découpent l’Afrique sans la moindre considération pour les populations concernées – sous couvert d’un langage juridique et diplomatique qui donne à l’entreprise impérialiste une façade de légalité.
Entre deux pôles contradictoiresAprès l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles de 1919 marque une tentative de refonder l’ordre international. Il institue la Société des Nations (SDN), dans un effort sans précédent de créer une gouvernance mondiale fondée sur le droit et la coopération. Ce moment semble ouvrir une brèche en faveur de la paix et de la diplomatie multilatérale. Pourtant, cette ambition se heurte
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