En Louisiane, Trump révise la mémoire de l’esclavage

Depuis son retour à la Maison Blanche, le président des États-Unis mène une offensive contre les institutions culturelles engagées dans la transmission de la mémoire de l’esclavage. Reportage en périphérie de la Nouvelle-Orléans.

Apolline Guillerot-Malick  • 16 juillet 2025 abonné·es
En Louisiane, Trump révise la mémoire de l’esclavage
Des têtes d’insurgés de la révolution de 1811, œuvres de Woodrow Nash à la Whitney Plantation.
© Apolline Guillerot-Malick

Sous une chaleur intense ponctuée d’averses tropicales, le petit groupe de visiteurs serpente entre les chênes recouverts de mousse, talonnant Najia Harry, guide touristique à la Whitney Plantation, un musée situé à près de 70 kilomètres de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Le lieu est entièrement consacré à la mémoire de l’esclavage. De mémoriaux listant les victimes du génocide en baraquements d’esclaves, la visite s’achève par une œuvre rendant hommage à des insurgés décapités en 1811, à la suite d’un soulèvement contre le système esclavagiste.

« Cette partie de l’exposition me rappelle que mes ancêtres n’étaient pas faibles. Ils se sont battus », commente Najia Harry. Pour de nombreuses personnes, la visite est particulièrement douloureuse. « C’est juste inimaginable ces petits enfants qui travaillaient et mouraient ici, réduits en esclavage », témoigne Alton Andre Scott, 68 ans, un retraité accompagnant une sortie destinée aux jeunes de son église, très ému derrière ses larges lunettes de soleil.

La visite ne met volontairement pas l’accent sur la ­maison des maîtres, débarrassée de son mobilier et présentée uniquement à travers le regard des esclavagisés qui l’ont construite. Un positionnement politique que certains ont perçu comme la cause de l’annulation en mars 2025, deux mois après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, de deux bourses fédérales qui avaient été attribuées au musée.

Bien que la suspension n’ait en réalité pas visé exclusivement la Whitney Plantation et que les subventions aient été rétablies peu après, cette mesure s’inscrit plus largement dans la bataille menée par l’administration Trump contre la propagation d’une « idéologie inappropriée » dans les musées états-uniens.

Ce qui se passe aujourd’hui, on l’a déjà connu ailleurs dans l’histoire, dans des régimes totalitaires.

A. L. Araujo

Un terme issu du décret présidentiel « Rétablir la vérité et la raison dans l’histoire américaine », publié en mars 2025 et dans lequel on peut lire que, « au cours de la dernière décennie, les Américains ont été témoins d’un effort concerté et généralisé visant à réécrire l’histoire de notre Nation » et que « ce mouvement révisionniste cherche à saper les réalisations remarquables des États-Unis en présentant ses principes fondateurs et ses jalons historiques sous un jour négatif ».

Début juin, le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs exigé du National Park Service l’installation dans ses sites de panneaux invitant les visiteurs à rapporter toute information dont ils estiment qu’elle présente négativement l’histoire ou les paysages américains.

La guerre mémorielle gagnée par le Sud

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