10 septembre : « Pourquoi est-ce toujours aux jeunes des quartiers de rejoindre les mobilisations ? »
Le 10 septembre devait rassembler tout le monde. Pourtant, les jeunes des quartiers populaires étaient peu représentés. Absents ou oubliés ? Dans les rassemblements, au sein des associations et pour les jeunes eux-mêmes, la question s’est posée.

© Maxime Sirvins
Devant la direction de France Travail gardée par des agents de sécurité, dans le 20e arrondissement de Paris, deux femmes discutent : « Bien sûr qu’il faut garder de l’espoir, même si on en a de moins en moins », regrette l’une. « Même si on a perdu plein de lutte, on y croit », lui répond l’autre. Elles ont la cinquantaine et sont venues soutenir le rassemblement organisé par la Collective des mères isolées (N.D.L.R, une association de soutien des femmes élevant seules leurs enfants, née en 2020).
Quand Sophia* parle à son fils des différentes manifestations, il lui répond : « Nous, on n’est pas considérés comme des Français. » « Et la gauche se demande où ils sont mais ils ne les sollicitent jamais », renchérit Maria, pince à cheveux pastèque accrochée à la banane. Elle poursuit : « Moi, j’ai toujours eu peur pour mes enfants. Nos jeunes, ça fait 40 ans qu’ils se font tabasser par la police. »
Pour elle, la gauche a compris ce qu’était la répression que subissaient les quartiers populaires au moments des gilets jaunes, mais rien n’a changé. Son constat est simple : « Ils sont inclus nulle part. » Une troisième femme, environ 40 ans, écoute la discussion et acquiesce. Elle est venue ici pour essayer de comprendre quels sont les leviers « pour tout changer ». Elle montre autour d’elle la trentaine de personnes, en majorité des femmes, venues ce midi : « Je ne sais pas comment on fait pour passer de ça à un vrai changement politique. »
À Paris, le 10 septembre 2025. (Photo : Maxime Sirvins.)Julie, cofondatrice de la Collective des mères isolées, prend la parole : « Ce que j’apprécie avec ‘Bloquons tout’, c’est qu’on fait des ponts entre nous, on va en AG, on se rencontre. Il faut qu’on débauche des gens. » C’est la première fois, explique-t-elle, que ses collègues se sont sentis concernés par le mouvement en cours et qu’ils lui ont posé des questions sur le droit de grève.
Je ne sais pas comment on fait pour passer de ça à un vrai changement politique.
Elle encourage ceux qui sont là à s’exprimer : « Si quelqu’un veut venir parler de sa situation… » Nadia Meziane se présente : « Précaire depuis toujours, actuellement au RSA. » La militante à Lignes de crêtes, un site antiraciste et internationaliste, souligne : « Les gens qui ont lancé le 10 septembre, c’est les gens qui sont pas partis en vacances, c’est la moitié des Français. » AESH pendant 10 ans, elle s’est retrouvée au fil du temps à s’occuper de huit élèves au lieu de deux. Elle martèle : « Avec toutes mes collègues, on était en burn out. Et en plus, on nous dit que l’école est menacée par les musulmanes. Sans les musulmanes, l’éducation nationale en région parisienne, elle tient pas. Et sans les femmes précaires, il y n’a personne dans cette société qui tient. »
« Les gens ne prennent plusIl vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
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