Libre comme Radu Jude
Une rétrospective à Paris et un livre sont consacrés au cinéaste roumain tandis que l’un de ses deux nouveaux films sort sur les écrans.
dans l’hebdo N° 1881 Acheter ce numéro

© Ronny HARTMANN / POOL / AFP
Au diable le cinéma de confort, rassurant et ronronnant, dans lequel on s’emmitoufle ! Voici Radu Jude, cinéaste roumain supersonique et détonnant. Le suivre n’est pas de tout repos. Ne serait-ce que cette année, deux longs métrages nous parviennent sous sa signature : Kontinental ’25, sur les écrans cette semaine, et Dracula, qui sortira le 15 octobre – dont nous parlerons alors.
À la manière d’un Fassbinder (un de ses cinéastes inspirants), Radu Jude est un hyperactif, qui enchaîne les projets de natures diverses avec des esthétiques souvent très différentes, même si on y décèle des constantes : un regard critique sur son pays, la Roumanie, aussi bien sur son passé qu’au présent, une charge sans cesse renouvelée contre les pires développements du capitalisme et, avant tout, le rejet des bonnes manières et des normes admises, en particulier dans la façon de faire des films. Tout le cinéma de Radu Jude est une affirmation de sa liberté, d’autant plus réjouissante qu’elle peut être contagieuse.
ProlifiqueAujourd’hui âgé de 48 ans, Jude a déjà à son actif une œuvre prolifique : 14 longs métrages et presque autant de courts, qui n’ont pas moins d’importance dans son parcours artistique. En France, le cinéaste, qui se situe en marge du Nouveau Cinéma roumain (Cristian Mungiu, Cristi Puiu…), a été véritablement repéré à partir de 2015 avec Aferim !, qui lui a valu un Ours d’argent à la Berlinale, un western au superbe noir et blanc dont l’action se déroule au début du XIXe siècle et qui a pour sujet l’esclavage des Roms (un système qui a perduré pendant cinq siècles en Roumanie, jusqu’en 1856).
Puis l’engouement suscité à juste titre par le cinéaste s’est affirmé en 2021 avec Bad Luck Banging or Loony Porn, Ours d’or à la Berlinale, qui fait d’une sextape rendue malencontreusement publique un objet autrement moins pornographique que la société aux idées rances désireuse de vouer aux gémonies la professeure qui en est l’« héroïne ».
Effet de révélationPour autant, les spectateurs français sont loin d’être à jour avec la filmographie judienne. D’où la bonne idée du Centre Pompidou de lui consacrer une rétrospective intégrale – après celle du festival international de cinéma de Marseille (FIDMarseille) en juillet dernier. Tandis qu’un livre collectif consacré au cinéaste paraît simultanément, l’ensemble contribuant à établir plus solidement encore son statut de Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
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