Fabien Roussel : « Le temps est venu de la cohabitation »
François Bayrou vient de tomber. Fabien Roussel, le leader du Parti communiste français, lui, prépare déjà la suite, appelant Emmanuel Macron à nommer un premier ministre de gauche. Il rêve d’imposer un gouvernement de cohabitation pour changer drastiquement de politique.
dans l’hebdo N° 1879 Acheter ce numéro

© Maxime Sirvins
En apprenant la chute du premier ministre, Fabien Roussel jette un œil sur son téléphone et souffle : « 194 voix pour la confiance, c’est officiel, le bloc central n’existe plus ». François Bayrou est déjà conjugué au passé. Le secrétaire national du PCF, lui, se tourne vers la suite, en assumant une ligne plus unitaire que par le passé. Pour gouverner, déjà, mais aussi en vue des municipales et, même, de la présidentielle.
Qu’avez-vous pensé du discours de François Bayrou ce lundi lorsqu’il a demandé la confiance de l’Assemblée nationale ?
Fabien Roussel : J’ai senti un premier ministre aigri et hors sol. Il ne mesure pas à quel point les Français n’en peuvent plus et sont en colère contre son plan. C’est une bonne chose qu’il soit défait et son projet de budget avec lui.
Il accuse les oppositions d’être irresponsables en voulant renverser ce gouvernement. Que lui répondez-vous ?
En soutenant le président depuis huit ans, il est comptable de la situation. L’endettement s’est accru de 1 300 milliards d’euros, la Macronie a vidé les caisses de l’État en faisant des cadeaux au capital, elle a fait reculer l’État dans ses missions les plus importantes comme la santé, l’éducation ou la sécurité. Emmanuel Macron a refusé de cohabiter avec la gauche, son camp a refusé toute discussion sur nos mesures, la Macronie a assumé à 100 % sa politique désastreuse et François Bayrou nous dit que c’est de la faute de la gauche. Il est hors sol.
Que doit faire la gauche après la chute de François Bayrou ?
Nous devrions avoir aujourd’hui le même état d’esprit qu'il y a un an : un état d’esprit constructif et d’ouverture
Nous devons empêcher un autre premier ministre de mettre les mêmes orientations sur la table. La gauche a aujourd’hui la responsabilité de faire la démonstration qu’une autre politique est possible. Il est temps qu’il y ait enfin une cohabitation. Le président de la République doit l’accepter. Il faut marteler que nous sommes prêts, prêts à un changement de politique et prêts à y travailler avec ceux qui veulent travailler avec nous. Nous devons avoir un discours de responsabilité, d’ouverture tout en expliquant que l’effort doit être porté par le capital et les plus riches, et pas par les travailleurs ou les retraités qui ont beaucoup donné ces dernières années.
Quel périmètre aurait ce gouvernement de cohabitation que vous souhaitez ?
Ce n’est pas une question de périmètre. C’est une question d’orientation. Le nouveau gouvernement devra redonner du pouvoir d’achat aux Français et s’engager plus fortement dans la transition écologique. Nous demandons un premier ministre capable de construire des majorités sur cette base.
Tout ce que je dis, nous le disions déjà il y a un an au sein du Nouveau Front populaire (NFP). Nous devrions avoir aujourd’hui le même état d’esprit : un état d’esprit constructif et d’ouverture. Pour être clair, je ne pense pas que nous devrions mettre en place le programme du NFP, rien que le programme du NFP. Sur cette base programmatique, nous n’aurions aucune majorité dans cette Assemblée découpée en trois blocs.
Il faut accepter de dialoguer avec les autres forces politiques. Entre un programme très libéral et le programme que la gauche porte, trouvons un chemin pour construire des majorités, texte par texte. Par exemple, la gauche propose de porter le Smic à 2 000 euros brut. Mais François Bayrou et la droite défendent le gel des salaires. Entre les deux, nous pourrions trouver un compromis. Il y a des chemins.
Vous avez parlé de compromis et d’ouverture. Mais quels sont les sujets sur lesquels un gouvernement de cohabitation de gauche ne devra pas céder ?
Nous demandons tous plus de justice fiscale, plus de justice sociale, plus de moyens à nos services publics et l’abrogation de la réforme des retraites. Voilà les principes sur lesquels nous ne pouvons pas céder. Depuis qu’il est élu, le président dicte à ses premiers ministres la ligne politique. Il est temps qu’un gouvernement de cohabitation résiste à Emmanuel Macron.
Ce premier ministre « capable de construire des majorités », cela pourrait-il être vous ?
Je ne le demande pas. Ce ne doit pas être une question de personne.
Emmanuel Macron ne semble pas prêt à remettre en question sa politique de l’offre. Comment le faire céder ?
Il faut faire appel à l’intervention citoyenne. Dès maintenant. Des dates existent : le 10 septembre, le 18 septembre, lors de la fête de L’Humanité du 12 au 14 septembre. Emmanuel Macron vit dans sa bulle, il faut qu’il entende ce que veulent les Français. Ne déléguons pas au Parlement et au gouvernement de régler les problèmes sans nos concitoyens. C’est pour cela que je les appelle à s’exprimer et investir massivement les journées de mobilisation qui viennent.
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Clémentine Autain : « Nous devons avoir le discours d’une gauche décomplexée »
Sur X, les députés RN font comme si le procès n’existait pas
Procès FN-RN en appel : Marine Le Pen coule et embarque les coaccusés avec elle