« Violences urbaines » : l’Intérieur muscle sa doctrine et la presse s’inquiète
À J-1 du 10 septembre, l’Intérieur oppose deux mondes : le maintien de l’ordre des manifestations déclarées et les violences urbaines des émeutes, avec à la clé l’activation possible du RAID et de la BRI. Dans ce second cadre, une clause sur les journalistes fait bondir la profession.

© Maxime Sirvins.
Au cœur de l’été, le ministère de l’Intérieur a diffusé en interne un « schéma national des violences urbaines » (SNVU). Le document entend tirer les leçons des révoltes de l’été 2023 après la mort de Nahel et donner aux forces de l’ordre un socle commun pour prévenir, réagir et judiciariser les épisodes de « violences urbaines ». Au printemps 2024, le Sénat a déjà rendu un rapport « Émeutes de juin 2023 : comprendre, évaluer, réagir », dont l’une des préconisations était précisément de doter les forces d’un cadre national pour l’action « en contexte émeutier ».
L’intersyndicale des métiers du journalisme dénonce une diffusion « en catimini » alors qu’un référé a été déposé devant le Conseil d’État. Dans leur communiqué, les syndicats affirment qu’ils ne lèveront pas leurs requêtes tant qu’un texte officiel ne réaffirmera pas le droit des journalistes à travailler « lors de tout événement, éventuelles violences urbaines comprises ». Ils rappellent aussi que la qualification d’un événement en « violences urbaines » reste sujette à interprétation, d’où la nécessité de garanties explicites.
De son côté, la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) alerte sur « une menace sur la liberté d’exercice et la sécurité des journalistes ». L’organisation a écrit au ministre de l’Intérieur pour demander la suppression de la phrase litigieuse et rappelle les principes du schéma national du maintien de l’ordre (SNMO).
« Violences urbaines »Le SNVU propose d’abord une définition toute personnelle des violences urbaines : « tout acte violent commis à force ouverte contre des biens, des personnes et/ou des symboles de l’autorité de l’État, par un groupe généralement jeune, structuré ou non, commis sur un territoire donné dont le contrôle est revendiqué par le groupe ». Il organise l’action en trois séquences, l’avant, pendant et l’après, en s’accompagnant d’un épais jeu d’annexes opérationnelles.
La « réaction » prime sur la sommation, l’arsenal des armes est élargi par rapport au maintien de l’ordre et la chaîne judiciaire est conçue pour tourner à plein régime. Sur le fond, le SNVU assume sa différence nette avec le maintien de l’ordre que l’on peut retrouver dans les manifestations. Au-delà de la doctrine d’emploi de la force, le schéma codifie une méthode intégrale. La « cessation du trouble » devient un objectif prioritaire.
Le texte évoque l'emploi de fusils à pompe, capables de tirer des munitions dites « bean bags », d’une puissance supérieure aux LBD
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