Mères des quartiers populaires : « Nous vivons la peur au ventre »

Présentes, actives, mais trop souvent accusées d’être démissionnaires ou responsables des dérives de leurs enfants, Samira, Fatiha et les autres témoignent ici de leur quotidien, entre surveillance et anxiété face au risque de violences policières.

Kamélia Ouaïssa  • 24 octobre 2025 abonné·es
Mères des quartiers populaires : « Nous vivons la peur au ventre »
Un jeune homme se fait charger par la CRS 8 à Nanterre, lors de la marche blanche pour Nahel, le 29 juin 2023.
© Maxime Sirvins.
Samira, 50 ans, mère de 4 enfants, Strasbourg

Nous, les mamans, on y pense tous les jours. Quand j’étais petite, mes parents nous disaient déjà, à mes sœurs et frères et moi : « Faites-vous petits, ne vous faites pas remarquer. Si tu vois une bagarre, change de trottoir. » Cette peur a toujours existé, mais aujourd’hui c’est encore pire. Et maintenant, ce sont ces mêmes réflexes que je transmets à mes enfants. Inconsciemment, cette peur, on la leur passe. On apprend à nos garçons à éviter certains endroits, à rentrer tôt, à faire attention à comment ils s’habillent…

On a plus peur pour eux que pour les filles, parce que les premières cibles des violences policières, c’est eux. Pendant les émeutes, j’avais la boule au ventre chaque fois que mes enfants sortaient. Je leur répétais : « Tu vas à l’école et tu ne traînes pas. » C’était école-maison, maison-école, tous les jours. Les gens doivent comprendre ce qu’on vit. Quand on est noir, arabe, quand on porte un voile, une barbe, qu’on habite un quartier populaire, qu’on porte un jogging, des Tn (1)… la vie n’est pas la même. Le quotidien n’est pas le même. Je vis avec la peur qu’un jour le téléphone sonne et qu’on m’annonce le pire.

Fatiha, 50 ans, mère de 3 enfants, Saint-Denis

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que parfois des jeunes sont contrôlés de manière injuste et violente, alors qu’ils n’ont rien fait. Je le dis souvent à mes enfants : faites attention à ce que vous faites, choisissez bien vos fréquentations, ne suivez pas les autres sans réfléchir. Je suis plus stricte sur les horaires de sortie, je veux qu’ils rentrent tôt.

Je pense souvent à Zyed et Bouna. Ça me rend triste, et surtout, ça me fait peur. Parce que je me dis que ça peut encore arriver. Et qu’on ne doit pas oublier. J’ai peur pour mes enfants. Comme beaucoup de parents, j’essaie de faire de mon mieux, même si ce n’est pas toujours facile. J’aimerais que la société comprenne ça : qu’on n’est pas seules, qu’on veut juste protéger nos enfants, leur offrir une vie meilleure et plus sûre.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que parfois des jeunes sont contrôlés de manière injuste et violente, alors qu’ils n’ont rien fait.

Madame X, 58 ans, mère de 5 enfants, Toulouse

Moi, je le dis clairement : je pose des règles à mes enfants. Comme dans tous les quartiers, on les prévient de tous les dangers. On répète : « Fais attention. Ne parle pas. Donne tes papiers. » Parce qu’on sait que ça peut basculer n’importe quand. Ce sont nos réalités. Ils les jettent à terre. Je vous parle de ce que je vois de mes propres yeux. Je ne veux pas que ça arrive à mes enfants, mais je ne m’inquiète pas que pour les miens.

On vit dans un quartier populaire, on est engagés dans une association justement pour aider les

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