Comment la guerre par drones redessine les champs de bataille

Avec l’essor de ces appareils dans les airs, sur mer et sur terre, les stratégies militaires vivent une nouvelle révolution. Entre reconnaissance, frappes kamikazes et intelligence artificielle, c’est une nouvelle course à l’armement qui redéfinit les conflits modernes.

Maxime Sirvins  • 28 mars 2025 abonné·es
Comment la guerre par drones redessine les champs de bataille
Un soldat ukrainien utilise un drone lors d'une formation dispensée par des instructeurs militaires espagnols, à l'académie d'infanterie de l'armée de Tolède en Espagne, le 17 mars 2025.
© OSCAR DEL POZO / AFP

La guerre moderne est en pleine mutation avec l’essor des drones qui transforment les stratégies militaires et redessinent les champs de bataille. Depuis les premiers drones de reconnaissance jusqu’aux drones kamikazes, ces engins sont passés du statut de simples observateurs à celui de couteaux suisses, capables d’infliger des frappes précises à moindre coût.

Leur accessibilité a bouleversé les armées, permettant à des forces disposant de peu de moyens de rivaliser avec des armées technologiquement avancées. En quelques années, ils sont devenus des éléments centraux des conflits modernes, modifiant les tactiques et les doctrines militaires de manière irréversible. Zoom sur ces nouveaux acteurs inévitables des conflits.

Des drones de surveillance aux armes autonomes

Les drones ont d’abord été utilisés pour la surveillance et la reconnaissance, comme durant la guerre des Six Jours avec le drone israélien Tadiran Mastiff, dès 1973. Contrairement à l’imaginaire populaire, leur utilisation date même de bien avant. Dès 1917, en pleine Première Guerre mondiale, des aéronefs sans pilotes sont imaginés et créés.

Le but de cette réflexion, qui rencontre des difficultés de réalisation, est de créer des appareils capables d’effectuer des missions de reconnaissance sans risquer des vies. Il faut attendre 1944, dans le Pacifique, pour voir les premiers drones de combat utilisés par l’armée américaine face à l’empire du Japon. Pensés d’abord comme des drones-suicides, ils sont rapidement utilisés pour larguer des bombes d’une tonne sur les positions japonaises.

Un drone américian Interstate TDR-1 en vol, portant une torpille, en 1940. (Photo : US Navy)

Jusque-là utilisés de manière épisodique, leur utilisation va se démocratiser durant la Guerre Froide et sa course aux renseignements. Mais il faudra attendre la fin des années quatre-vingt-dix pour voir apparaître des modèles devenus emblématiques, comme le Predator et le Reaper, qui ont marqué les conflits en Afghanistan et en Irak. Ces appareils sophistiqués, capables de voler des heures et de transmettre des informations en temps réel, ont rapidement été adaptés pour mener des frappes à distance.

Leur coût élevé et leur dépendance à des infrastructures lourdes ont toutefois limité leur usage à des puissances militaires disposant de budgets conséquents. Avec l’apparition de modèles plus accessibles comme le Bayraktar TB2 turc, utilisé notamment, un temps, par l’Ukraine, le drone s’est imposé progressivement comme un élément incontournable du combat moderne.

Du côté de la France, la première frappe de drone – via un Reaper américain –, a eu lieu en 2019 au Sahel, après cinq ans d’utilisation. Aujourd’hui, les drones de combat ne sont plus l’apanage des grandes puissances. De nombreux pays et groupes non étatiques peuvent désormais s’en procurer, modifiant ainsi les rapports de force traditionnels.

L’Ukraine, un laboratoire de la guerre par drones

Depuis trois ans, l’Ukraine est devenue un laboratoire de la guerre par drones, spécialement avec l’usage massif de drones FPV, des appareils initialement conçus pour les courses de vitesse et transformés en engins kamikazes. Ils se pilotent à l’aide de lunettes écrans, qui donnent une vision à la première personne au pilote. Ces drones bon marché, modifiés pour emporter des charges explosives, sont capables de cibler des véhicules blindés, des troupes et des infrastructures. D’autres, se positionnent au-dessus des ennemis et laissent simplement tomber des obus ou des grenades.

Leur faible coût, quelques centaines d’euros, permet de compenser les pertes par une production massive. L’Ukraine prévoit d’en acquérir 4,5 millions en 2025 – trois fois plus qu’en 2024 – , tandis que la Russie mise énormément sur des drones suicides comme le Shahed 136, qui sont déployés en essaims pour saturer les défenses ukrainiennes. Cette prolifération des drones kamikazes a profondément modifié la conduite des opérations militaires, rendant les lignes de front plus instables et plus meurtrières.

En mai 2024, le média Kyiv Independent, publiait un reportage sur les défenses de la ville de Chasiv Yar, tombée depuis à moitié aux mains des Russes. Pour preuves de l’importance des drones, la majorité des positions filmées montrent des soldats utilisant des petits drones. Dans un hôpital de campagne, à l’arrière, Dmytro, médecin militaire, explique que « actuellement, plus de 90 % des blessures sont dues à des FPV ou au largage de bombes par drone », de jour comme de nuit. Plus tard dans le reportage, un soldat revenant du front raconte que « les drones volent 24 heures/24 et 7 jours/7 avec des bombardements constants ». En clair, il est devenu impossible de se cacher pour les soldats.

https://www.youtube.com/watch?v=LYShkaNugKk Des frappes loin des premières lignes

Les drones ne se limitent pas aux

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier
Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte
Parti pris 11 mai 2026

Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte

Toute la fin de la semaine, le Rassemblement national et les groupuscules d’extrême droite ont donné à voir leur réécriture dangereuse et génocidaire de l’histoire. Dans leurs villes ou dans la rue, leur haine explicite n’a fait que souligner la compromission des autorités.
Par Olivier Doubre