Extrême droite : « Les médias amplifient des peurs irrationnelles »
Le politiste Aurélien Mondon explique le rôle de la presse et des chaînes mainstream dans la fabrique du discours public, au bénéfice des forces réactionnaires.
dans l’hebdo N° 1886 Acheter ce numéro

Aurélien Mondon est professeur de science politique, spécialiste de la normalisation de l’extrême droite à l’université de Bath, en Angleterre. Il explique comment la diabolisation de la gauche dans les médias sert un agenda réactionnaire, que ce soit en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie.
Quel rôle jouent les médias dans la banalisation des idées d’extrême droite et la diabolisation de la gauche ?
Aurélien Mondon : Le rôle des médias est central. Ils participent à la construction du discours public et à la hiérarchisation de ce qui devient prioritaire dans ce discours. On a souvent tendance à pointer du doigt les réseaux sociaux : Facebook, X ou les chaînes réactionnaires comme CNews ou, avant elle, Fox News aux États-Unis. Mais se limiter à ces cas serait une erreur d’analyse. Des médias mainstream ont aussi contribué à faire le jeu de l’extrême droite, en lui accordant une visibilité démesurée.
Dans mes recherches sur les sondages d’opinion menés par l’Eurobaromètre (1) ces vingt dernières années, on observe une dissonance frappante : l’immigration apparaît comme une préoccupation majeure lorsqu’on demande aux gens quels sont les problèmes de leur pays. Mais, quand on leur demande quels sont les problèmes de leur vie quotidienne, l’immigration disparaît presque totalement.
Les problèmes qui apparaissent alors sont ceux qui seraient plus propices à la gauche (emploi, coût de la vie, retraites, éducation, etc.). Ce décalage montre bien l’importance du processus de médiation : les médias, mais aussi les responsables politiques et les intellectuels publics, jouent un rôle clé dans la mise en récit des priorités publiques. Et ce rôle des élites reste largement sous-estimé.
Pourtant, il existe une défiance forte envers les médias, à droite comme à gauche. Comment concilier cette défiance avec leur influence réelle sur le débat public ?
Quand on observe les paysages médiatiques, que ce soit en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis ou en Australie, on voit bien qu’ils ne sont pas démocratiques. Les médias ont toujours des biais, le public le sait et c’est inévitable. Mais, si l’on veut une démocratie qui dépasse le simple cadre des élections, il faut repenser en profondeur ce processus de médiation et la façon dont le discours public est formé, organisé et partagé.
Des journaux comme le New York Times, The Guardian ou Le Monde euphémisent les politiques et discours d’extrême droite.
Aujourd’hui, nos médias sont soit détenus par un petit nombre de personnes
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