Comment la droite du PS a torpillé l’union de la gauche

Une partie des socialistes n’a de cesse de placer La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon en dehors de l’arc républicain. Entre calculs électoraux et tactiques d’appareil, retour sur une alliance manquée.

Nils Wilcke  • 29 octobre 2025 abonné·es
Comment la droite du PS a torpillé l’union de la gauche
Jean-Luc Mélenchon semble lui-même osciller entre deux positions. Un coup il fait de LFI le fer de lance de la gauche, un autre il se présente en surplomb comme un parti du peuple.
© Loïc VENANCE / AFP

Et si Jean-Luc Mélenchon avait rassemblé la gauche ? La greffe a failli prendre un certain 25 août 2018, à Marseille, lors des Amfis, les universités d’été de La France insoumise (LFI). Ce jour-là, l’ancien socialiste ouvre la porte à une alliance avec le Parti socialiste (PS). Sous le soleil de la Cité phocéenne, il déclare devant la foule rassemblée au parc Chanot : « Nous devons prendre nos responsabilités et assumer notre centralité », ajoutant qu’il souhaite « fédérer la gauche au peuple ».

De quoi faire espérer ses camarades historiques, comme Clémentine Autain et Alexis Corbière, partisans d’une union de la gauche… Mais le PS ne saisira pas la main tendue lors des européennes, et ses anciens alliés seront « purgés », comme ils se surnomment alors entre eux.

« C’est tragique parce que cette tentative n’a pas eu de suite », rembobine aujourd’hui le maire de Marseille Benoît Payan auprès de Politis. L’ancien socialiste (il a quitté le parti lors de son élection en 2020) qualifie ce moment de « point de bascule ». La suite est connue : le concept des « gauches irréconciliables » théorisé par Manuel Valls lors de son passage à Matignon en 2016 sera repris par une partie du PS, qui va finir par exclure LFI de l’arc républicain, mais aussi par une partie de la droite, y compris les macronistes, et l’extrême droite.

Comment expliquer cette occasion manquée ? « Vous avez deux mots à écrire : François Hollande », affirme un très proche de Jean-Luc Mélenchon à Politis. « Jean-Luc Mélenchon a saisi la perche tendue dès la fin de son quinquennat, en démontrant que tout ce que Manuel Valls avait théorisé sur la gauche allait se retourner contre lui et les socialistes », déclare le maire de Marseille, qui rappelle que ce débat animait déjà la gauche au début du XXe siècle, avec la scission de la SFIO lors de son 18e congrès à Tours en 1920.

Jean-Luc Mélenchon lui-même semble osciller entre deux positions, comme l’explique le politologue Émeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès et ancien député PS de Seine-Et-Marne : « Un coup, il fait de LFI le fer de lance de la gauche, exigeant des autres partis qu’ils se rassemblent autour de lui lors des législatives ; un autre, il se présente en surplomb de la gauche comme un parti du peuple contre les élites capitalistes, notamment lors des élections présidentielles. »

"Personne ne nous avait crus capables de chambouler les grands stratèges de l’Élysée." Raphaël Glucksmann au Zénith de Paris, le 30 mai 2024. (Photo : Maxime Sirvins.)

Les artisans de la division de la gauche se comptent entre eux. Le patron de Place

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Politique
Publié dans le dossier
Qui a peur de la gauche ?
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