Lecornu toujours là : la Macronie s’accroche au pouvoir 

Au terme d’une journée désolante pour la démocratie, Emmanuel Macron refuse d’admettre son échec politique et s’obstine en confiant à Sébastien Lecornu une mission impossible.

Lucas Sarafian  • 6 octobre 2025
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Lecornu toujours là : la Macronie s’accroche au pouvoir 
Le premier ministre français sortant, Sébastien Lecornu, à l'Hôtel Matignon à Paris, le 6 octobre 2025.
© Stephane Mahe / POOL / AFP

Emmanuel Macron avait raison : il suffit de traverser la rue pour trouver un travail. Et Sébastien Lecornu l’a bien compris. Ce 6 octobre au matin, une nuit seulement après la nomination de son gouvernement, le premier ministre démissionne. Peu après 16 heures, après un déjeuner de travail autour de ses ministres démissionnaires, le locataire de Matignon file à l’Élysée pour s’entretenir avec Emmanuel Macron.

Et aux alentours de 18 heures, Sébastien Lecornu reste aux commandes. Dans un communiqué laconique, Emmanuel Macron annonce avoir « confié à monsieur Sébastien Lecornu, premier ministre démissionnaire en charge des affaires courantes, la responsabilité de mener, d’ici à mercredi soir, d’ultimes négociations ». L’objectif ? « Définir une plateforme d’action et de stabilité pour le pays. » Comprenne qui pourra. En tout cas, le premier ministre démissionnaire devient négociateur en chef, jusqu’à mercredi 8 octobre. Avant, peut-être, une dernière manœuvre surprise de l’Élysée…

Retour à zéro. Le 9 septembre, jour de la nomination de Lecornu, le président n’avait-il pas déjà chargé Lecornu, fidèle parmi les fidèles, « de consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la nation et bâtir des accords indispensables aux décisions des prochains mois » ? Au bout de 26 jours, la mission s’est soldée par un échec. La composition de son gouvernement, qui reprend nombre d’anciennes gloires du macronisme, réussit un ironique tour de force : faire imploser le très fragile « socle commun », cette alliance nouée après les législatives de 2024 entre la droite et le bloc central.

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« Le resserrement autour de Renaissance ne nous semble pas tout à fait correspondre à l’air du temps », expliquait-on hier soir dans l’entourage de Bruno Retailleau, ce ministre de l’Intérieur qui n’imaginait pas une seule seconde siéger à côté de tous ces revenants macronistes et, surtout, de Bruno Le Maire. Celui qui a tenu les rênes de Bercy pendant sept ans, ce symbole de l’échec de la politique de l’offre, est honni par la droite.

Céder face à Retailleau

Son retour ne fut que d’une courte durée. En fin d’après-midi, Bruno Le Maire le confesse dans un message publié sur X : « Je constate que ma décision provoque chez certains des réactions incompréhensibles, fausses et disproportionnées. Aucune situation individuelle ne doit bloquer le bon fonctionnement du pays et de nos institutions. » En Bon Samaritain, il se retire de l’équipe Lecornu. Bruno Retailleau a réussi à avoir sa tête. Juste vengeance pour celui qui avait plaidé pour l’entrée au gouvernement de deux de ses proches : l’eurodéputé François-Xavier Bellamy et Othman Nasrou, secrétaire d’État chargé de la Citoyenneté et de la Lutte contre les discriminations sous Michel Barnier. 

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Avec le retrait de Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu évite l’implosion de son socle parlementaire en accédant d’abord aux demandes de la droite. En fin d’après-midi, le premier ministre démissionnaire s’est rendu au Sénat pour échanger avec son président Les Républicains (LR), Gérard Larcher, selon les informations du Monde. Une manière, peut-être, de ramener la droite à la table des négociations.  

L’Élysée tenterait ainsi de ne pas crisper le parti présidentiel, pourtant rejeté dans les urnes durant les dernières législatives.

La méthode, aussi désastreuse soit-elle et complètement dépourvue de sens politique, est aussi importante à analyser. Car après la chute de François Bayrou, Gabriel Attal et Renaissance plaidaient pour la nomination d’un négociateur, une sorte de médiateur, capable d’entrer en discussions avec tous les groupes politiques afin d’établir un pacte politique minimum qui pourrait être discuté à l’Assemblée nationale. Une demande qui avait initialement été ignorée.

« J’avais appelé à changer de méthode après la chute de François Bayrou : le quoi avant le qui, s’accorder sur un compromis budgétaire sous l’égide d’un négociateur avant de nommer un gouvernement », bouillonnait Gabriel Attal dans un message interne envoyé aux cadres de son parti hier soir à 23 h 15. De ce fait, l’Élysée tenterait ainsi de ne pas crisper le parti présidentiel, pourtant rejeté dans les urnes durant les dernières législatives.

Effondrement d’un monde

Le choix de nommer un négociateur permet concrètement à la Macronie de gagner du temps. « Tout ça est un peu triste. C’est vraiment les derniers messages d’un monde politique qui est en train de s’effondrer et qui s’accroche comme une moule à son rocher », lâche Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes en fin d’après-midi. Car rattraper un échec cuisant en 48 heures ressemble autant à une mission impossible qu’une énième tentative de sauver ce qu’il reste du macronisme. S’il en reste quelque chose, à part un locataire obstiné à l’Élysée. 

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La nomination de Sébastien Lecornu comme négociateur sonne comme une ultime tentative de nier le résultat des élections législatives de 2024 qui a placé le bloc de gauche en tête à l’Assemblée. Une dernière manœuvre pour préserver les totems du macronisme, comme la réforme des retraites et une taxe sur les ultra-riches. Lors de ses consultations avec la gauche la semaine dernière, Sébastien Lecornu a fait de la taxe Zucman et du refus de remettre la réforme Borne dans l’agenda du Parlement deux lignes rouges. Aurait-il changé de position en l’espace de quelques jours ? 

Au bout du compte, Emmanuel Macron se retrouve encore plus affaibli qu’il ne l’était déjà. Si les négociations de Sébastien Lecornu se soldent par un échec, le chef de l’Etat se dit prêt à « prendre ses responsabilités », selon l’entourage du Président dans une déclaration à l’AFP. De plus, l’ex-premier ministre et nouveau négociateur exclut d’être renommé à Matignon. Même en cas de succès de ses négociations, selon Le Figaro. Le président est donc en première ligne. Seul. Il vient d’abattre sa dernière carte. Peut-être avant son départ. 

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