« Deux procureurs » : un bleu chez les Rouges
Sergei Loznitsa revient sur la période stalinienne en guise d’avertissement.
dans l’hebdo N° 1887 Acheter ce numéro

© Pyramide distribution
Un jeune homme bien mis dans son manteau gris, cartable à la main, sonne à la porte d’une prison. Des femmes attroupées, attendant sans doute la possibilité d’une hypothétique visite auprès d’un fils ou d’un mari, l’observent et lui indiquent qu’il faut frapper, la sonnerie étant hors d’usage. Tout est dit dans ce plan : le temps carcéral, le décalage avec la réalité du jeune homme, Kornev (Alexander Kuznetsov), qui s’avère être le procureur local, et sa naïveté, que le réalisateur de Deux procureurs, Sergei Loznitsa, souligne avec un certain humour.
Un carton indique que l’action se passe durant la pire période stalinienne, 1937. La fine fleur du parti bolchevique est laminée par le pouvoir. Ceux qui ont cru dans le messianisme révolutionnaire croupissent en prison. Comme ce professeur (Alexander Filippenko) à qui Kornev vient rendre visite, et qui, malgré les tortures qui lui sont infligées, pense que la vérité bolchévique peut encore prospérer. Il enjoint au jeune homme d’aller à Moscou dénoncer auprès des pontes du régime les crimes que les traîtres à la révolution commettent.
Grand documentariste (L’Invasion, son dernier en date, est en salle depuis peu), Sergei Loznitsa, cinéaste ukrainien installé en Allemagne, signe aussi des fictions, dont Deux procureurs est la plus acérée. En compétition à Cannes, le film est reparti injustement <
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