Dans l’archipel du Bailique, au Brésil : « Je crois qu’ici, tout va disparaître »

Au nord de Belem où se tient la COP 30, l’archipel du Bailique est en train de disparaître, victime de l’érosion des terres et de la salinisation de l’eau. Une catastrophe environnementale et sociale : les habitant·es désespèrent de pouvoir continuer à habiter leurs terres.

Giovanni Simone  et  Anne Paq  • 3 novembre 2025 abonné·es
Dans l’archipel du Bailique, au Brésil : « Je crois qu’ici, tout va disparaître »
Le port de Vila Progresso effondré, tout comme une maison voisine. La communauté plus grande de l’archipel perd environ 10 mètres de terre par an au profit du fleuve.
© Anne Paq

Perplexe, Raimundo Dos Anjos, regarde autour de lui. « C’était là qu’on venait ou un peu plus loin ? », demande-t-il. L’homme connu sous le nom de Bete, la soixantaine, agent social dans l’archipel du Bailique, essaye de retrouver les endroits où il avait l’habitude de pêcher au nord de l’embouchure de l’Amazone. Il secoue la tête face à la difficulté de sa mission. Et pour cause : le paysage a changé en très peu de temps.

Parazinho, l’une des sept îles composant l’archipel, a perdu environ 70 % de sa surface ces dernières années. « Les tortues marines venaient pondre leurs œufs ici, explique Elison Ananajas, surnommé Gato, le représentant de la mairie de Macapá, la municipalité à 150 km du Bailique qui fait juridiction dans l’archipel. Maintenant, la plage a disparu et s’est reformée bien plus au sud. » Il pointe un vague bras de mer où flottent des troncs d’arbres.

Mario Soleto habite depuis 6 ans à Vila Progesso. Il est le seul médecin en poste dans le Bailique. Il a déjà perdu deux maisons à cause de l’érosion et prévoit de partir, épuisé, dans quelques mois. (Photos : Anne Paq.) 

Depuis 2015, l’archipel du Bailique fait l’objet d’une érosion extrêmement rapide, appelée « Terras caídas » (les terres tombées, N.D.L.R.) par ses habitant·es. Ces 7 000 personnes organisées en plus de 50 communautés font partie du peuple traditionnel des Riberinhos. Ils vivent le long des fleuves, essentiellement de la pêche et de la culture d’açaï, une baie survitaminée à la base de l’alimentation amazonienne. L’équilibre fragile entre la terre et l’eau où ils et elles habitaient depuis plus de cent ans a été rompu : leur lieu de vie, et leur culture, sont en train d’être avalés par le fleuve.

Le cycle naturel de l’eau déréglé par l’action humaine

Les Bailiquenses pointent deux causes principales à ce phénomène d’érosion : la construction de trois barrages sur le fleuve Araguari, au nord de l’Amazone, et le développement de l’élevage de buffles. Les barrages Coaracy Nunes, entré en fonction en 1970, Ferreira Gomes en 2013, et Cachoeira Caldeirao en 2016 ont modifié l’écoulement naturel de l’Araguari. En une dizaine d’années, son embouchure a été entièrement enterrée.

De plus, l’eau s’est reportée sur un ancien igarapé, un bras de fleuve rentrant dans les terres, devenu le canal de l’Urucurituba, qui débouche dans le fleuve Amazone. La puissance du courant de l’Araguari ne repoussant plus l’océan, ce dernier remonte plus facilement dans l’embouchure de l’Amazone. « Le changement climatique joue aussi un rôle sur l’érosion et la salinisation de l’eau, ajoute Orleno Marques, chercheur à l’Université fédérale de l’Amapà dont l’équipe suit depuis trente ans les modifications du littoral de l’État. L’augmentation du niveau de l’océan et la diminution des pluies ont rompu l’équilibre entre le fleuve et la mer. »

Après l’effondrement du port, les bateaux qui arrivent à Vila Progresso sont contraints de décharger marchandise et voyageurs sur des petites barques.

L’expansion de l’élevage des buffles, de surcroît, creuse des centaines de canaux qui drainent l’eau du fleuve, à cause du poids des animaux. Ces phénomènes combinés ont lieu à une vitesse jamais vue depuis une dizaine d’années. « On n’est pas en train d’assister à une quelconque sorte de phénomène naturel. Ce qui se passe ici est un crime environnemental ! », tonne

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