Comment la « taxe soda » sert à doper les profits et à licencier

Ce sont deux fermetures d’usines qui font parler. La première, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), voit Orangina baisser le rideau d’une de ses quatre implantations en France. La seconde, à Crolles (Isère), concerne l’industrie historique de sirop Teisseire. Près de 300 salariés sont mis sur le carreau.

Pierre Jequier-Zalc  • 26 novembre 2025 abonné·es
Comment la « taxe soda » sert à doper les profits et à licencier
Les employés de Teisseire en grève après l’annonce de la fermeture de l’usine en 2026, à Crolles, le 20 novembre 2025.
© ALEX MARTIN / AFP

La pluie froide s’abat sur son béret et ruisselle sur son visage. Adossé aux grilles de son usine, Émile n’y prête pas attention. Sa tête est ailleurs. Dans ces premiers jours d’octobre où il a appris que l’usine dans laquelle il travaille depuis plus de vingt ans fermera fin 2026. La décision de son employeur est irrévocable. En rentrant chez lui, ce jour-là, il réunit ses trois enfants, 14, 16 et 18 ans, ainsi que sa femme, et tente de leur livrer une explication. Orangina, son employeur, lui propose de le reclasser dans une autre usine du groupe, près d’Orléans.

Sa famille est unanime : « C’est ici chez nous. On ne bougera pas. » Il se plie à sa décision. À 52 ans, il finira sa carrière comme chauffeur Uber, « seul endroit où je trouverai du boulot », souffle-t-il. Le 2 octobre, le géant japonais des sodas Suntory – qui détient notamment Orangina, Oasis, Champomy, Schweppes, Pulco – annonce la fermeture de son usine de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Un coup de massue pour les 105 salariés. « En tant qu’élus, on avait des signaux qui nous laissaient présager cette décision. Mais les salariés ne voulaient pas y croire », raconte Youen Le Noxaïc, délégué syndical FGTA-FO et secrétaire du CSE chez Orangina.

On s’est démenés et on a tenu nos engagements. On a tout donné pour cette boîte, elle tournait bien.

Y. Le Noxaïc

Comment croire que son usine va fermer quand le groupe auquel elle appartient a réalisé 128 millions d’euros de bénéfices en 2024 en France ? Quand les salariés se sont mobilisés pour réduire les coûts de l’entreprise, qui est devenue la deuxième meilleure usine européenne du groupe en la matière ? « On s’est mis à continuer à faire tourner les lignes de production pendant nos pauses pour sortir plus de volumes. On s’est démenés et on a tenu nos engagements, poursuit le syndicaliste. On a tout donné pour cette boîte, elle tournait bien. »

Amplifier les revenus des actionnaires

Pour les salariés, cette décision de leur direction vise avant tout à amplifier les revenus des actionnaires. Suntory a annoncé viser 200 millions d’euros de bénéfices à l’horizon 2030. Un objectif qui implique une réduction des coûts. Dans un communiqué, le groupe

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »
Entretien 20 février 2026 abonné·es

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »

L’historien Anthony Hamon décrit l’évolution des syndicats agricoles en France, et la façon dont la politique française vante les mérites d’un monde agricole unifié qui occulte ses disparités sociales.
Par Vanina Delmas
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
La révolution sera paysanne
Reportage 18 février 2026 abonné·es

La révolution sera paysanne

Face à la numérisation qui renforce toujours plus la dépendance des agriculteurs et agricultrices à l’industrie et aux banques, la coopérative L’Atelier Paysan propose des formations pour fabriquer des machines et outils low-tech. Et forger sa culture politique.  
Par Vanina Delmas
Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie
Décryptage 18 février 2026 abonné·es

Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie

Alors que la « ferme France » à tendance industrielle du président Macron irrigue les discours du gouvernement dès qu’il faut reconquérir le cœur des agriculteurs et agricultrices, nombreux sont celles et ceux qui s’en sentent exclu·es, qui pratiquent et défendent la paysannerie, pourtant solution d’avenir.
Par Vanina Delmas