Défense : « L’enjeu en France est surtout industriel »
Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), analyse les arbitrages complexes qui s’imposent à la défense hexagonale.
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Avec 413 milliards d’euros sur sept ans, la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 acte un effort de réarmement sans précédent. Face à la menace russe et à l’incertitude de l’alliance américaine, la France entend trouver sa place. Entre la modernisation de la dissuasion nucléaire et le besoin urgent de faire face à la guerre de haute intensité, la France cherche à s’adapter rapidement.
Le budget de la défense augmente massivement alors que la France n’est pas en guerre. Pourquoi un tel effort ? Quel risque concret cherche-t-on à prévenir ?
La hausse du budget de la défense est d’abord liée au report des charges des années précédentes, notion budgétaire qui regroupe les dépenses qui auraient dû être réglées et qui constituent des dettes. L’augmentation s’explique aussi par une superposition de deux menaces. La première est évidente avec la guerre en Ukraine. L’inquiétude est réelle quant aux ambitions de la Russie, notamment vis-à-vis des pays baltes, qui sont membres de l’Otan.
La seconde menace est l’incertitude stratégique concernant les États-Unis. Avec le retour de Donald Trump, le risque d’un désengagement américain ou d’une exigence de paiement bien plus élevée pour la protection de l’Otan est réel. Les Européens doivent donc trouver leur place dans ce nouveau contexte. Il faut que la France soit dans la boucle, qu’elle puisse assurer notre défense collective même avec un soutien américain réduit.
Cependant, cette hausse massive du budget masque une autre réalité. La France devra sans doute faire face à une « bosse budgétaire » à l’horizon 2030, avec la modernisation de nos composantes de dissuasion nucléaire. Le renouvellement des sous-marins nucléaires et des missiles arrive à échéance. Dans le budget de la LPM, environ un tiers des crédits d’équipements est absorbé par le nucléaire. Or, parallèlement, il est nécessaire de financer la remontée en puissance en fonction des impératifs de la guerre de haute intensité.
Aujourd’hui, nous devons nous réorienter vers le conflit de haute intensité.
Donc, aujourd’hui, une part de l’augmentation est fléchée vers cette modernisation, même si l’essentiel est affecté au réarmement conventionnel. Et contrairement à l’Allemagne, qui prévoit 150 milliards d’euros par an pour sa défense en 2030, la France, qui doit gérer la réduction à la fois du
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