Municipales : la gauche n’a plus le luxe de s’égarer

Depuis les législatives anticipées de 2024, l’union de la gauche ne semble plus être qu’un lointain souvenir. Pour éviter un désastre national, les partis auraient pourtant tout intérêt à s’entendre avant les prochaines municipales.

Pierre Jacquemain  • 18 novembre 2025
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Municipales : la gauche n’a plus le luxe de s’égarer
Les représentants des forces de gauche membres du Nouveau Front populaire, à Paris, le 14 juin 2024.
© Maxime Sirvins

La gauche française mesure-t-elle encore la gravité de l’époque ? Alors que l’extrême droite avance avec une assurance presque tranquille et que le macronisme se délite en ne tenant plus qu’un pouvoir sans horizon, la gauche semble s’enfermer dans des querelles qui ne masquent plus rien : ni son impuissance stratégique ni l’étrange confort qu’elle trouve parfois à échouer.

Pourtant, il y a à peine plus d’un an, elle avait prouvé qu’elle pouvait se hisser au niveau de l’histoire. Aux législatives anticipées, elle avait offert, pour la première fois sous la Ve République, des candidatures communes appuyées sur un projet partagé. Personne n’avait renoncé à ses désaccords ; chacun avait simplement compris que l’essentiel était ailleurs : empêcher le pays de basculer.

Aujourd’hui, tout semble à refaire. La présidentielle s’annonce comme une fragmentation en trois lignes – Mélenchon, Glucksmann et une hypothétique primaire, dont les principaux intéressés ne veulent pas – et, dans l’ombre de cette division, se joue un autre rendez-vous dont la gauche sous-estime gravement la portée : les élections municipales.

Sur le même sujet : PS, PCF, écolos, LFI… Pourquoi tant de haine ?

Elles seront pourtant déterminantes dans les dynamiques politiques à venir et pèseront lourd dans la présidentielle qui suivra. Car c’est dans les villes, leurs alliances, leurs ancrages et leurs rapports de force que se dessineront les conditions – ou l’impossibilité – d’un rassemblement de la gauche et des écologistes. Et sur ce terrain, les signaux sont alarmants.

À Paris, le Parti socialiste persiste dans une stratégie incompréhensible : refuser tout accord de premier comme de second tour avec La France insoumise, alors même que cette absence d’alliance pourrait ouvrir un boulevard à Rachida Dati. Préférer laisser la capitale à la droite trumpisée plutôt que de composer avec LFI n’est pas seulement une faute politique : c’est une irresponsabilité stratégique dans un moment où chaque mètre carré institutionnel compte.

Combien d’exemples faudra-t-il pour que la gauche comprenne que l’éparpillement municipal serait un désastre national ?

À Toulouse, le constat est inverse mais tout aussi révélateur : PS et LFI font quasiment jeu égal, selon un sondage publié par Cluster 17. Ensemble, ils pourraient gagner une ville dirigée par la droite depuis plus d’une décennie. Séparés, ils n’offriraient qu’un cadeau supplémentaire aux conservateurs. À Marseille, enfin, la situation est encore plus cruciale : l’extrême droite menace, LFI est en forte dynamique et le maintien de plusieurs candidatures de gauche au second tour pourrait mécaniquement offrir la victoire au Rassemblement national.

Combien d’exemples faudra-t-il pour que la gauche comprenne que l’éparpillement municipal serait un désastre national – politique, symbolique, psychologique – à quelques mois d’une présidentielle déjà incertaine ? Le cœur du problème est clair : la radicalité s’est déplacée vers la posture. À force de privilégier l’indignation et les symboles plutôt que les stratégies, une partie de la gauche oublie que la seule radicalité qui compte est celle qui transforme réellement les structures : affronter les logiques de marché, la dérive autoritaire, l’effondrement écologique et la réduction des droits sociaux.

Sur le même sujet : À gauche, comment faire rechanter les lendemains ?

Les socialistes ne pourront revenir qu’en assumant une véritable rupture sociale et écologique, et non une gestion adoucie de la continuité. Les insoumis, eux, doivent réduire la radicalité formelle : moins de cris, plus de stratégie ; moins d’isolement, plus d’alliances. La gauche ne gagnera ni en s’épurant, ni en s’adoucissant, mais en retrouvant sa capacité à changer le système tout en rassemblant.

Les enjeux sont les mêmes dans les urnes, les quartiers et les mairies : il faut une gauche résolue, capable de bouleverser l’ordre des choses tout en maîtrisant langage, alliances et responsabilités locales. La fenêtre d’opportunité se rétrécit : sans accords municipaux, la gauche risque de s’affaiblir avant la présidentielle. Unie, radicale sur le fond et responsable dans la forme, elle peut encore franchir cette fenêtre – à condition de regarder le monde plutôt que son propre reflet.

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