Le dilemme du retour des réfugiés syriens
Depuis la chute du régime Assad le 8 décembre dernier, plus de 300 000 Syriens sont rentrés chez eux après des années d’exil forcé et douloureux. Partagés entre l’espoir et la méfiance, les Syriens réfugiés en France s’interrogent.
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© Hisam Hac Omer / Anadolu via AFP
Dans sa maison de Bar-le-Duc (Meuse), Samer Alahmad tourne en rond. Il ne tient plus en place. Depuis plusieurs semaines, le journaliste syrien multiplie les démarches auprès des autorités françaises pour faire annuler sa demande d’asile déposée au début d’année. « Le régime qui nous a forcés à partir n’est plus là. Avec ma femme, nous devons rentrer pour protéger les acquis de notre révolution et empêcher la mise en place d’un nouveau dictateur », affirme le père de famille.
En 2014, Samer Alahmad quitte la Syrie précipitamment pour échapper aux redoutables services de renseignements du clan Assad. Il choisit de s’installer en Turquie comme près de trois millions de ses concitoyens. Son pays est tout proche, à portée de regard. Il se marie, ses deux filles naissent. Elles vont à l’école, apprennent le turc. Le provisoire devient permanent et ce qui devait être un refuge devient la vie même de la famille.
En 2023, Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, entrevoit de normaliser les relations avec Bachar Al-Assad pour renvoyer les réfugiés Syriens. « J’ai eu peur que cela devienne réalité alors j’ai demandé un visa pour obtenir la protection à la France », explique le journaliste. Mais aujourd’hui il le répète : « Je suis prêt à renoncer à cet asile. Certes, en France il y a la sécurité, l’éducation et la santé, mais je dois rentrer chez moi pour que mes filles connaissent la Syrie et en deviennent des citoyennes. »
L’aînée de Samer Alahmad s’appelle Sham, l’un des noms arabes de Damas, l’une des plus vieilles villes du monde. C’est là que toute la famille va s’installer dans quelques semaines. « Je n’ai pas de maison là-bas, je n’ai plus rien. Mes filles savent que nous rentrons définitivement. Il n’y aura pas d’autres départs. Elles ne seront plus ballottées d’un pays à l’autre, enfin j’espère. »
Le journaliste envisage de partir sans le feu vert du ministère de l’Intérieur en sollicitant directement des passeports au consulat syrien à Paris. Comme lui, plusieurs Syriens, installés parfois depuis des années en France, ont renoncé à l’asile pour retrouver leur terre. Contacté, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) confirme ces départs définitifs, en restant discret sur le nombre précis.
L’obtention d’un laissez-passer exceptionnelLe 12 février 2025, Jean-Noël Barrot, alors ministre des Affaires étrangères, annonce depuis Damas que les ressortissants syriens accueillis en France pourront « se rendre en Syrie de manière transitoire » sans perdre leur statut de réfugiés. Celles et ceux qui en font la demande auprès des
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