« Complément d’enquête » sur CNews : et Pascal Praud exulta

Suite à la diffusion de l’émission d’investigation concernant la chaîne d’info et ses atteintes au pluralisme, l’animateur s’est servi de l’Arcom pour lancer la machine Bolloré contre le service public de l’audiovisuel.

Robin Andraca  • 1 décembre 2025
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« Complément d’enquête » sur CNews : et Pascal Praud exulta

Ce matin, un homme était heureux. Il s’appelle Pascal Praud. Il fallait le voir exulter dans sa quotidienne sur CNews, puis sur Europe 1, se réjouir avec les mêmes mots, dupliqués d’une antenne à l’autre – toutes deux possédées par le même – à propos du « Complément d’enquête » sur CNews diffusé la veille sur le service public.

Son angle d’attaque lui a été servi la veille au soir par… l’Arcom. Quelques heures avant la diffusion de cette enquête, annoncée depuis des mois, le gendarme de l’audiovisuel a répondu au Point, affirmant que Reporters sans frontières (RSF) s’était planté, dans une enquête publiée la veille, où l’ONG – qui maintient ses résultats – affirmait que les règles de pluralisme à l’antenne n’avaient pas été respectées en mars 2025 par CNews. Difficile, au moment où nous écrivons ces lignes, de trier le bon grain de l’ivraie dans cette affaire, mais pour Pascal Praud, la messe est déjà dite.

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L’animateur a le tri facile, et sa conclusion est sans appel : l’Arcom a raison, RSF s’est planté et preuve est faite que le travail de « Complément d’enquête », qui a pourtant supprimé au dernier moment deux petites minutes de son doc à propos de l’enquête de RSF, est forcément « biaisée », « mal ficelée », « étayée par des données approximatives voire des fake news ». De l’enquête (très) rapide, sans coup de fil ni vérification réelle, comme on aime en produire à la chaîne sur CNews.

Mauvaise foi

Il faut écouter Praud ce matin, au lendemain de la diffusion du doc, pour mesurer combien la machine assemblée par Bolloré est redoutable, et ses animateurs d’une mauvaise sans foi sans limite. « Sérieusement, hier, c’est un naufrage. Ce qu’il s’est passé, c’est sidérant. J’ai regardé hier soir. J’avais presque le fou rire. Tu as travaillé pendant 10 mois, il n’y a rien. Vous entendez : RIEN ! », dit Praud sur CNews, avant de le répéter quelques minutes plus tard sur Europe 1.

Comme souvent, chez Praud, il y a deux faces. Le bon père de famille, rempli de charité chrétienne et de mansuétude. Encore ce matin sur CNews, à propos des journalistes de « Complément d’enquête » : « On les salue, ça reste quand même des confrères. On rentre dans la période de Noël, soyons charitables : ce sont de jeunes confrères, ils vont pouvoir peut-être progresser et tirer des leçons de ce qu’ils ont fait. »

Privatiser le service public, le fantasme de l’extrême droite et du rassemblement national.

Mais la charité de Pascal Praud a ses limites. À la fin de son édito, l’animateur pose ainsi cette question : « Il existe là une source d’économie possible. Voilà une question que la prochaine campagne présidentielle posera : faut-il privatiser tout ou une partie du service public ? »

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Privatiser le service public, le fantasme de l’extrême droite et du rassemblement national. Pas plus tard que ce matin, Sarah Knafo, députée Reconquête, compagne d’Éric Zemmour, s’interrogeait elle aussi sur ses réseaux : « Combien a coûté le “Complément d’enquête” à charge contre CNews ? De quel droit France Télévisions mène-t-il, avec notre argent, une guerre contre une chaîne plébiscitée par les Français ? Est-ce cela, le service public ? Privatisation ! »

La même extrême droite qui vient, cette semaine, de diligenter à l’Assemblée une commission chargée d’interroger la « neutralité, le fonctionnement et le financement » des médias du service public, validée en octobre après l’affaire Legrand-Cohen. Ce matin, sur CNews, un homme était heureux. Nul doute qu’il n’était pas le seul.

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