Clémentine Autain : « Nous devons avoir le discours d’une gauche décomplexée »
La députée de Seine-Saint-Denis défend la nécessité d’une primaire de la gauche en 2027, à laquelle elle est candidate. Elle pose les bases de son projet présidentiel : renouveau démocratique, augmentation des salaires, nouvelle coalition internationale.
dans l’hebdo N° 1899 Acheter ce numéro

© Patrice Normand
Clémentine Autain est élue conseillère de Paris en 2001 et est nommée adjointe chargée de la jeunesse par Bertrand Delanoë. Elle est candidate à la présidentielle une première fois en 2006, mais les collectifs unitaires ne parviennent pas à désigner une seule candidature. Elle est élue députée de Seine-Saint-Denis en 2017. Aux régionales de 2021 en Île-de-France, elle est la tête de liste de La France insoumise, avec laquelle elle rompt en 2024. La même année, elle cofonde L’Après.
Je veux que l’esprit public guide le sommet de l’État.
Les Écologistes, les socialistes, L’Après et Debout ont officialisé la tenue d’une primaire le 11 octobre avec un objectif : 2 millions de votants. Comment transformer un processus d’appareil en campagne politique ?
Clémentine Autain : C’est parti, le processus est lancé ! Et rien ne doit l’arrêter. Parce qu’une candidature commune de la gauche et des écologistes est souhaitée par près de 8 électeurs sur 10 du Nouveau Front populaire. Parce que la gravité du moment, avec la menace d’une accession de l’extrême droite au pouvoir dans notre pays, nous oblige. Parce que la gauche ne peut pas se permettre une troisième présidentielle sans accéder au second tour. Donc il faut se donner toutes les chances au premier, et aller ensuite chercher la majorité. Divisés, nous serons balayés. Rassemblés, nous pouvons gagner.
En 2025, j’ai sillonné la France. Et j’ai vu, au cœur de notre pays, les résistances à la vague brune et tant d’énergies qui continuent d’espérer, inventent et mettent en œuvre des solutions sociales et écologistes. J’aime ces mots de Paul Éluard : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. » Notre France a de la ressource et des atouts pour sortir du déclin et de la mal-vie. Notre responsabilité, c’est de battre en brèche l’esprit de défaite et cette forme de mélancolie de gauche qui empêche d’agir.
Présentation du "Nouveau Front populaire 2027", le 2 juillet 2025, à Bagneux. De gauche à droite : Benjamin Lucas-Lundy, Lucie Castets, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin et Olivier Faure. (Photo : Maxime Sirvins.)Comptez-vous toujours convaincre les communistes, Raphaël Glucksmann et les insoumis de rejoindre votre primaire ?
Avec mon mouvement L’Après [L’Alliance pour une République écologique et sociale], nous voulons une primaire de toute la gauche et les écologistes, sans exclusive. Je suis pour rassembler, rassembler, rassembler. C’est la dynamique populaire et sondagière qui changera la donne. Je ne connais pas d’autre méthode pour convaincre ceux qui rêvent debout qu’ils pourraient seuls gagner. Je peux comprendre que Raphaël Glucksmann n’ait pas très envie de participer à la primaire. Il ne se situe pas au cœur de la gauche et aurait bien du mal à la gagner. Il veut incarner une gauche moderne mais s’entoure de personnalités représentant une vieille social-démocratie, celle qui a échoué partout en Europe. Le retour de la Hollandie n’offre aucune perspective de victoire.
En s’en prenant à Sophie Binet ou en défendant Marine Le Pen face aux juges, Jean-Luc Mélenchon s’isole à gauche.
Quant à Jean-Luc Mélenchon, espère-t-il sérieusement l’emporter seul alors que 70 % des Français disent qu’ils ne voteront « certainement pas » pour lui, plaçant le triple candidat à la présidentielle en tête de tous les responsables politiques testés ? Et il suscite moins de confiance chez les Français en matière de démocratie que Marine Le Pen. On peut mettre en cause les méthodes des sondages et le bashing, réel, qu’il subit avec les insoumis, mais nous avons le devoir de faire mieux.
Si Jean-Luc Mélenchon avait choisi l’union au lieu de s’entêter dans une attitude hégémonique, le pluralisme et non le sectarisme, la cohérence des principes plutôt que le buzz et la fureur, il aurait pu être le grand leader de notre temps. En s’en prenant à Sophie Binet ou en défendant Marine Le Pen face aux juges, il s’isole à gauche, y compris dans la sphère insoumise.
Les deux gauches irréconciliables qu’alimentent du matin au soir la droite du Parti socialiste et la Mélenchonie, c’est aujourd’hui une dangereuse impasse. Je connais les divergences, je sais les rancœurs mais quand le RN est aux portes du pouvoir, nous n’avons pas le luxe de nous enferrer dans nos divisions.
Vous lancez officiellement votre campagne présidentielle avec un manifeste, La Vie meilleure, qui sera publié le 6 février. Quel est le sens de ce texte ?
Je veux incarner la gauche et les écologistes à l’élection présidentielle. C’est une décision mûrie politiquement et personnellement. Elle vient de loin, depuis ma candidature au sein des collectifs antilibéraux en 2006, à la suite de la bataille pour le « non » au traité constitutionnel européen. Cette dynamique avait échoué, débouchant sur trois candidatures… Depuis, j’ai acquis de l’expérience, je me suis nourrie de rencontres partout en France, j’ai plus encore la culture du rassemblement. Ma solidité politique et personnelle peut nous emmener à la victoire.
Une petite caste a pris le pouvoir au sommet de l’État pour se servir et non servir l’intérêt commun. Emmanuel Macron en est le symbole.
Le manifeste que je présenterai le 6 février présente mon projet, « la vie meilleure ». C’est une vision, une logique, adossée à de nombreuses propositions concrètes. Moi présidente, je transformerai l’État pour le mettre au service de la satisfaction de nos besoins authentiques. Une petite caste a pris le pouvoir au sommet de l’État pour se servir et non servir l’intérêt commun. Emmanuel Macron en est le symbole. Il a accéléré la marchandisation de notre société. Je veux que l’esprit public guide le sommet de l’État. Et que nous renouions avec l’anticipation des mutations au lieu de les subir, notamment pour
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Sur X, les députés RN font comme si le procès n’existait pas
Procès FN-RN en appel : Marine Le Pen coule et embarque les coaccusés avec elle
« Il y a des fascismes brutaux et des fascismes tranquilles : les deux progressent »