« Donald Trump entre en confrontation avec la Constitution »

Spécialiste des questions juridiques, le journaliste Sébastien Natroll montre comment la droite états-unienne se sert du droit pour asseoir son projet politique conservateur.

Olivier Doubre  • 27 janvier 2026 abonné·es
« Donald Trump entre en confrontation avec la Constitution »
Le président américain Donald Trump, au Forum économique mondial à Davos, le 21 janvier 2026.
© Fabrice COFFRINI / AFP

Dans Une Constitution morte, le journaliste juridique Sébastien Natroll, spécialiste des sujets liés au droit constitutionnel des États-Unis, revient sur les « origines de la réaction américaine » et analyse son rapport au droit, outil essentiel du combat idéologique outre-Atlantique. Il évoque notamment l’enjeu capital de la nomination – à vie – des juges à la Cour suprême par la Maison Blanche, un rôle dont Donald Trump ne s’est pas privé.

Pourquoi parler, à propos de l’offensive réactionnaire, de Constitution « morte » ? S’agit-il d’une volonté des conservateurs de figer les textes constitutionnels dans une lecture prétendument « originelle », celle des intentions supposées des Pères fondateurs ?

Sébastien Natroll : Le titre du livre est emprunté à une expression du juge Antonin Scalia. Amateur de bons mots, il a répondu aux tenants d’une Constitution « vivante » (dont l’interprétation varie avec le temps) que la Constitution n’est pas un texte vivant mais mort. Selon lui (et selon les tenants de l’approche dite originaliste), le sens de la Constitution a été déterminé au moment de sa conception. À la fin des années 1980, l’originalisme dit de « l’intention originelle » a été supplanté par le « new originalism » : il ne s’agissait plus d’essayer de cerner l’intention des auteurs de la Constitution ou des constituants, mais de déterminer le « sens public originel », c’est-à-dire le sens qu’un « lecteur raisonnable et informé » aurait compris à l’époque (donc, à la fin du XVIIIe siècle).

Vous montrez que « la réaction » états-unienne a voulu utiliser le droit – et le système judiciaire – pour imposer ses vues et volontés idéologiques. N’est-ce pas là un domaine qui a échappé aux opposants à Donald Trump, puisque celui-ci avait annoncé avant sa première élection vouloir s’en servir ?

Je parle de « réaction » car il s’agit, littéralement, d’une réaction du mouvement juridique conservateur à des décisions de justice qui lui paraissaient relever d’une forme d’« activisme judiciaire ». Je ne crois pas que cela ait échappé aux opposants à Donald Trump. Rappelons qu’en 1971 Lewis F. Powell Jr., alors à la Chambre de commerce, publie une note s’inquiétant des attaques contre le système de libre-entreprise et affirme que le pouvoir judiciaire constitue un instrument privilégié pour provoquer un changement social, économique et politique. Le même devient juge à la Cour suprême l’année suivante. En 2016, le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, fait obstacle à l’audition du juge Merrick Garland, nommé par le président Obama après le décès soudain du juge Scalia. Les conservateurs utilisent bien le droit, et depuis longtemps.

Le droit est intrinsèquement politique puisqu’il est la matérialisation en normes de préférences idéologiques.

Avant d’en venir à l’évolution très politique de la composition et de la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis, cette juridiction peut-elle être considérée comme un organe politique comme les autres ?

Non : si la Cour

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Débattre des priorités de l’armée est absolument nécessaire »
Entretien 26 janvier 2026 abonné·es

« Débattre des priorités de l’armée est absolument nécessaire »

Auteur de La gauche et l’armée, Maxime Launay, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), revient sur la manière dont la gauche appréhende les enjeux de défense, alors que La France insoumise propose de sortir de l’Otan.
Par William Jean
Le drapeau, projection de l’individu social
Essai 22 janvier 2026 abonné·es

Le drapeau, projection de l’individu social

À Paris, la victoire du Sénégal à la CAN a fait surgir drapeaux, cris et appartenances. Derrière la ferveur sportive, ces étendards révèlent bien plus qu’un résultat de match : des identités, des solidarités et des fractures, au cœur d’un paysage politique et social où le besoin de collectif s’exprime par les symboles.
Par Olivier Doubre
En Iran, le peuple veut choisir librement son destin
Décryptage 21 janvier 2026 abonné·es

En Iran, le peuple veut choisir librement son destin

Dans la rue depuis le 28 décembre malgré une répression meurtrière, les Iraniennes et les Iraniens, d’abord mobilisés contre les conséquences de l’hyperinflation, poursuivent aujourd’hui un combat contre un régime devenu symbole de coercition, à la croisée de crises multiples.
Par Isabelle Avran
« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »
Entretien 21 janvier 2026 abonné·es

« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »

Fondé en 1981, le Conseil national de la résistance iranienne se présente comme un « parlement en exil » et une alternative politique de transition. Afchine Alavi revient sur son histoire, sa stratégie de front uni et les perspectives d’un avenir iranien débarrassé à la fois des mollahs et de la monarchie.
Par William Jean