Guerre et capitalisme
Le capitalisme est un système fondé sur le développement des forces productives. Si la guerre n’est jamais souhaitée par personne, elle reste une option rationnelle pour le capitalisme.
dans l’hebdo N° 1898 Acheter ce numéro

Les économistes libéraux ont toujours considéré la guerre comme un phénomène historique irrationnel du point de vue économique. Or les deux guerres mondiales et les guerres impérialistes peuvent être interprétées comme la continuation des logiques du capitalisme par d’autres moyens. Rosa Luxembourg nous aide à comprendre les poussées guerrières et impérialistes actuelles du point de vue de la rationalité du capital.
Au contraire de Lénine, qui pensait que l’impérialisme, comme phase ultime du capitalisme, conduisait tout droit à la socialisation intégrale de la production, Rosa Luxembourg estimait que les contradictions du capitalisme hautement industrialisé avaient plus de chances de déboucher sur des tensions guerrières.
Le capitalisme est un système fondé sur le développement des forces productives, et ce développement doit s’incarner dans la réalisation du profit. Or les profits ne sont réalisés que si les marchandises produites en quantité toujours plus grande sont vendues. Comme les capitalistes cherchent à faire des profits en maintenant les salaires au plus bas, le bouclage entre capacité de production en croissance et capacité de consommation limitée n’est pas garanti a priori, et le plus probable est que le capitalisme se trouve souvent en crise de surproduction.
La solution du capitalisme aux crises de surproduction, c’est vendre à des populations toujours plus vastes des produits toujours plus nombreux.
La réponse keynésienne à ce problème est l’augmentation des salaires et/ou l’augmentation des dépenses sociales soutenues par la dette publique. Mais Rosa Luxembourg ne croyait pas cette solution durable dans le cadre de la logique du capital, car elle baisse le taux de profit. La solution du capitalisme à ces crises de surproduction, c’est vendre à des populations toujours plus vastes des produits toujours plus nombreux, en particulier par la colonisation comme c’était le cas à l’époque où elle écrit. Mais, comme elle l’avait anticipé, cette extension trouve des limites car les pays colonisés développent eux aussi leurs capacités productrices, et les risques de surproduction reviennent.
Logiques du capital
À l’heure actuelle, les logiques du capital dominent la planète, il n’y a plus trop d’espace à coloniser. Le capitalisme des pays les plus industrialisés connaît des crises de surproduction chroniques. Face à cette « crise », la réponse la plus courante à gauche est d’augmenter les salaires et les dépenses sociales, mais cette réponse pose deux problèmes. Le premier est d’ordre politique : comment espérer des politiques d’augmentation des salaires et de dépenses sociales au vu du rapport de force actuel, puisque ces politiques viendraient affaiblir le taux de profit déjà impacté par la crise de surproduction ?
Le deuxième problème est d’ordre écologique. Même avec un rapport de force favorable, la hausse continue de la consommation à l’ère de l’anthropocène est insoutenable. Faut-il sauver le capitalisme par la consommation indifférenciée ? Une voie historique pour résoudre la surproduction a été d’orienter les capacités productives vers les dépenses militaires. Ces dépenses ont deux avantages pour le capital : elles sont garanties par l’État, financées par l’impôt sur les classes populaires, ne nécessitent pas de hausses de salaires, et elles sont des moyens de destruction qui éliminent tragiquement la surproduction.
Si la guerre n’est jamais souhaitée par personne, elle reste une option rationnelle pour le capitalisme. La réponse politique à ces tensions, c’est non seulement une meilleure répartition des richesses, mais aussi une baisse drastique des capacités de production industrielle.
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