« Viens Élie », l’arbre et la forêt
Dans un premier roman exceptionnel, Jonas Sollberger imagine un parcours initiatique à la hauteur d’un mythe.
dans l’hebdo N° 1898 Acheter ce numéro

© Zazzo / Minuit
Viens Élie de Jonas Sollberger donne l’impression de renouer avec de grandes époques où les éditions de Minuit allaient de découverte en découverte, publiant des (nouveaux) romans étincelants par leur forme. Comme cela se produit en 2026, c’est-à-dire dans un temps de réaction y compris du point de vue littéraire, où l’invention dans la langue est considérée comme négligeable du moment qu’on tient la chose pour « bien écrite », autrement dit conforme au goût académique, l’événement est d’autant plus marquant.
On se gardera cependant d’écraser Viens Élie sous d’imposantes références. Son auteur n’avait que 25 ans au moment de son écriture, comme nous l’apprend le prière d’insérer destiné à la presse, où l’on peut lire aussi que, natif du canton de Berne, Jonas Sollberger a grandi dans une communauté évangélique, avant de la quitter à sa majorité pour étudier la littérature à l’Institut littéraire suisse de Bienne ».
Viens Élie s’ouvre sur une scène de meurtre. Enfin, entendons-nous, une scène violente en tout cas : un arbre est abattu. C’est le père d’Élie qui est à la manœuvre. Les parents d’Élie disent que cet arbre ne les embêtera plus. Or il s’agit du « vieil arbre du jardin qui a toujours été là oui et c’était bien le premier arbre dans lequel Élie avait grimpé et même s’il avait toujours été vieux c’était un arbre solide avec un tronc solide et des branches fortes à l’une desquelles était une fois suspendue la balançoire en bois et même s’il avait toujours été vieux chaque année l’arbre donnait une belle touffe de feuilles mais maintenant le vieil arbre n’est plus debout non maintenant il est par terre découpé en morceaux et ce n’est plus un vieil arbre mais du bois et des feuilles ».
Cette scène inaugurale n’est évidemment pas anodine. Dans le roman, les arbres sont des « personnages » omniprésents. La famille d’Élie habite à l’orée d’une forêt. Et la quasi-intégralité de l’intrigue va s’y dérouler. La chaleur étant étouffante, Élie emmène son oiseau, Moïse, qu’il porte sur son épaule, vers l’air plus frais de la forêt.
Mais à peine y a-t-il pénétré que Moïse s’échappe, contrairement à ses habitudes, contraignant Élie à se lancer à sa poursuite. Or on ne peut se débarrasser des arbres de la forêt comme on l’a fait avec celui du jardin : ici, ils sont certes anonymes, mais en grand nombre, touffus, dominants. Et avec tous les animaux qu’ils recèlent, prédateurs en puissance d’un petit oiseau, ils constituent un danger permanent pour Moïse.
On pourrait estimer l'intrigue étique. Elle ouvre au contraire
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