750 universitaires et artistes appellent le gouvernement à accueillir leurs homologues de Gaza
Cette tribune collective appelle l’exécutif à revenir sur la décision d’arrêter les évacuations des artistes et intellectuels gazaouïs lauréats du programme Pause, un dispositif permettant d’accueillir des universitaires et acteur·ices du monde de la culture.

© Eyad Baba / AFP
Le lundi 26 janvier dernier s’est tenue une visioconférence de presse réunissant près de 200 représentants des secteurs culturel et universitaire français et dont l’objectif était de dénoncer, auprès d’une large audience, la décision du gouvernement français de suspendre l’éligibilité des artistes et des scientifiques palestien·nes au programme Pause (programme national d’aide à l’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil, créé en 2017 sous l’égide du Collège de France pour accueillir en France artistes et scientifiques en danger).
Cette décision, confirmée deux jours après par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot répondant à une question au gouvernement lors d’une séance publique au Sénat, relève d’un acte discriminatoire, lié à une origine nationale et géographique, faisant, dans les faits, barrière à la sortie du territoire de témoins des massacres en cours à Gaza.
Cette conférence de presse en ligne s’inscrit dans un mouvement de mobilisation trans-sectoriel et profondément uni et déterminé. Elle faisait suite à une première conférence de presse, initiée par les porteur·euses du projet de tournée de la pièce de théâtre Les Monologues de Gaza, qui s’était tenue quelques jours plus tôt, le mardi 13 janvier. Y avaient pris part une soixantaine de scènes nationales, centres dramatiques nationaux, théâtres nationaux, compagnies, et festivals. Étaient également présent·es, en visioconférence, des artistes palestinien·nes de Gaza associé·es au projet, toujours pris dans l’enfer des bombardements, du froid, de la faim.
Aujourd’hui, nous sommes plus de 750 acteur·ices des secteurs culturel et universitaire français impliqués dans cette mobilisation, dont 250 représentants de structures – universités, laboratoires de recherche, écoles d’art, d’architecture, centres d’art, musées, lieux culturels (spectacle vivant, arts visuels, musique, théâtre, cinéma…), festivals, maisons d’édition, librairies, bibliothèques, collectifs de traducteurs, artistes, etc. – qui avons associé nos savoir-faire pour élaborer et financer collectivement les projets de résidences artistiques et académiques, permettant d’instruire des dossiers auprès du programme Pause.
Toutes les universités et la plupart des écoles ont été détruites, bombardées ou pillées.
Cela, dans l’espoir d’assurer la sécurité de nos homologues gazaoui·es et de leurs familles ; la possibilité pour elleux de continuer à exercer leurs métiers en France, afin qu’un jour iels puissent reconstruire la Palestine de demain. Nous ne renoncerons pas à faire en sorte que s’applique, pour nos homologues palestinien·nes en situation de danger de mort quotidien, leur droit à une protection internationale.
A la suite du gel en août 2025 des évacuations en provenance de Gaza, officiellement pour clarifier les procédures de vérification, nous avons traversé des mois de communication illisible.
Les annonces se sont succédées sans cohérence : les évacuations pourraient reprendre « bientôt », « peut-être dans quelques semaines », « dans quelques mois » ; ou concerner « les étudiant·es seulement » ou « les lauréat·es mais sans leurs familles ». Saga morbide, nous empêchant d’informer nos collègues à Gaza, exposé·es quotidiennement au danger et suspendu·es à l’espoir d’une nouvelle qui leur offrirait, au-delà même de la survie, un minimum de dignité.
Le 14 janvier 2026, le couperet est tombé : plus aucune candidature gazaouie au programme pause ne sera considérée. Alors qu’une trentaine de candidat.es, officiellement lauréat.es, attendent d’être évacué.es pour certain.es depuis plus d’un an et demi, et qu’une cinquantaine de dossiers déposés en septembre 2025 et validés par le comité scientifique et artistique de Pause demeure en attente de la validation des ministères de tutelle, nous ne pouvons que comprendre, horrifié·es, que ces derniers seront abandonnés.
Là où le gouvernement français opère un tri injustifiable, notre conscience d’appartenir à une humanité commune, au-delà des frontières et des histoires nationales, nous intime de ne pas fermer les yeux et de ne pas baisser les bras quand, ailleurs dans le monde, d’autres sont empêché·es de vivre. La France, premier pays à constitutionnaliser le droit d’asile en 1793, inspira les principes au fondement de l’Organisation des Nations unies, garante depuis 1948 du respect des droits humains et de la provision d’aide humanitaire en zone de conflit.
Les rapporteur·es spéciaux·ales des Nations unies et les chercheur·ses spécialistes de la Palestine qualifient de scolasticide ou de culturicide les massacres et destructions en cours à Gaza : toutes les universités et la plupart des écoles ont été détruites, bombardées ou pillées, au même titre que la plupart des bibliothèques, centres d’archives, musées, galeries, sites patrimoniaux de l’enclave.
Que faut-il de plus à nos ministères de tutelle et à leurs collaborateur·ices des ministères de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Intérieur, pour mettre en œuvre leur devoir d’assurer la protection des Palestinien·es victimes de crimes de guerre dans leur pays et demandant refuge en France ?
Que faut-il de plus pour que les voix des acteur·ices français·es de la science, de la recherche, de l’enseignement et de la culture que nous sommes soient entendues ? Nous, qui souhaitons accueillir, travailler et créer avec nos homologues gazaoui·es, répondant à notre mission de service public de promotion des valeurs de démocratie, d’émancipation et de pensée critique auprès de nos publics.
Nous demandons aux ministères de tutelle du programme Pause (ministères de la Culture, de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de l’Intérieur) de :
- Revenir sur cette décision discriminatoire relative à l’exclusion des Gazaoui.s de Pause, en leur permettant de continuer à candidater à ce programme d’urgence.
- Valider la cinquantaine de lauréat.es Pause de la dernière session : pour le moment, leur candidature a été sélectionnée par la commission d’évaluation de Pause, mais non pas validée par ses ministères de tutelle.
- Évacuer le plus rapidement possible la vingtaine de lauréat.es Pause et de leurs familles qui attendent à Gaza depuis des mois, voire plus d’un an, leur évacuation, tout comme les étudiant.es qui ont des inscriptions dans des universités ou des écoles, et des bourses en France.
- Délivrer les visas des lauréat.es Pause qui ont été évacué.es par des pays tiers en Europe et qui attendent depuis des mois sans réponse des services des visas français.
Organisateur·ice·s de cette mobilisation :
- Marion SLITINE, Chercheuse CNRS, fondatrice du collectif Maan (Ensemble pour les artistes de Gaza) et Cleo SMITS, Coordinatrice de Maan
- Sandra ICHÉ, Membre fondatrice de la BAAM (Bibliothèque arabe associée de Marseille)
- Marine RELINGER, Dramaturge / cie Shonen et cinéaste
- Giulia CAMIN, Responsable de la bibliothèque – CIPM (Centre international de poésie Marseille)
- Sarah ROLFO, Assistante d’édition – Le Port a jauni
- Fabienne AULAGNIER, Directrice – Les Bancs Publics / festival Les Rencontres à l’échelle
- Sébastien LAUSSEL, Directeur – Zone Franche, le réseau des Musiques du Monde
- Bien DO BUI, Yosra GHLISS et Rachele BORGHI, enseignantes-chercheuses et coordinatrices – Collectif Universitaires avec Gaza
Parmi les plus de 750 signataires :
- Michel AGIER, Directeur d’études, EHESS
- Emma AUBIN-BOLTANSKI, Directrice, CéSor CNRS
- Fabienne AULAGNIER, Directrice, Les Rencontres à l’échelle / Les Bancs Publics
- Étienne BALIBAR, Professeur honoraire, Université de Paris 10
- Michaël BATALLA, Directeur, CIPM
- Pauline BAYLE, Directrice, Théâtre Public Montreuil
- Jean BELLORINI, Directeur, Théâtre National Populaire
- Frédéric BÉLIER GARCIA, Metteur en scène et directeur, Théâtre de la Commune, Aubervilliers
- Cécile BERTIN, Directrice, L’arc – Scène nationale Le Creusot
- David BOBÉE, Directeur, Théâtre du Nord CDN
- Bouziane BOUTELDJA, Codirecteur artistique, Scène Méditerranée
- Sébastien BOURNAC, Directeur, Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon
- Benoît BRADEL, Directeur, Passages Transfestival
- Nathalie CABRERA, Directrice, Maison Jean Vilar / Association Jean Vilar
- Émilie CAPLIEZ, Artiste directrice, Comédie de Colmar
- Hélène BROCHARD, Présidente, Association des Bibliothécaires de France
- Adrien CHABOCHE, Délégué général, Emmaüs International
- Lorraine CHENOT, Trésorière, Association Ardèche Images
- Rostan CHENTOUF, Directeur, La Place de la Danse – CDCN Toulouse Occitanie
- Julie CHÉNOT, Directrice, Fondation Camargo
- Nicolas COMBARRO GARCIA, Commissaire et coordinateur, TEJA
- Alban CORBIER-LABASSE, Directeur, Friche la Belle de Mai
- Francesca CORONA, Directrice artistique, Festival d’Automne
- Matthieu CRUCIANI, Artiste directeur, Comédie de Colmar
- Tarek DAHER, Délégué général, Emmaüs France
- Alain DAMASIO, Écrivain, École des vivants
- Fanny DE CHAILLÉ, Metteuse en scène et directrice, TNBA CDN
- Antonin DEDET, Collège solidaire, Circulaire
- Adrien DE VAN, Directeur, Théâtre Paris-Villette
- Marie DIDIER, Directrice, Festival de Marseille
- Marcial DIFONZO BO, Directeur, Quai Angers CDN
- Nasser DJEMAÏ, Directeur, CDN Val-de-Marne – Théâtre des Quartiers d’Ivry
- Claire DUPONT, Directrice, Théâtre de la Bastille
- Dorothée DUSSY, Directrice de recherches, Centre Norbert Elias
- Anne-Marie EDDÉ, Professeure émérite, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- Patricia FALGUIERES, Professeure, EHESS
- Didier FASSIN, Professeur, Collège de France
- Éric FASSIN, Professeur, Université Paris 8
- Anne FRAÏSSE, Présidente, Université de Montpellier Paul-Valéry
- Nathalie GARRAUD, Directrice, Théâtre des 13 vents
- Odile GROSSET-GRANGE, Directrice, Théâtre Nouvelle Génération – CDN de Lyon
- Caroline GUIELA NGUYEN, Directrice, Théâtre national de Strasbourg
- Clémence HARDOUIN, Membre du comité d’organisation, Festival Ciné-Palestine Marseille
- Nathalie HEBREARD, Directrice des études, ENSA Paris-Val de Seine
- Nathalie HUERTA, Directrice, Théâtre Joliette – Scène conventionnée à Marseille
- Kaori ITO, Directrice, TJP – CDN de Strasbourg Grand Est
- Daniel JEANNETEAU, Directeur, T2G Théâtre de Gennevilliers
- Raphaël KEMPF, Avocat, Barreau de Paris
- Charlotte LAGRANGE, Directrice, Le Préau CDN
- Marc LAINÉ, Directeur, La Comédie de Valence – CDN Drôme-Ardèche
- Rebecca LAMARCHE-VADEL, Commissaire d’exposition
- Léopold LAMBERT, Directeur, The Funambulist
- Benoît LAMBERT, Directeur, Comédie de Saint-Étienne – CDN
- Étienne LENA, Maître de conférences et élu au CA, ENSA Paris-Val de Seine
- Éric LENGEREAU, Directeur, ENSA de Nantes
- Pierre-Yves LENOIR, Directeur, Les Célestins – Théâtre de Lyon
- Marie LE SOURD, Secrétaire générale, On the Move
- Chowra MAKAREMI, Chargée de recherche, CNRS
- Louise MALHERBE, Déléguée générale, AFLAM
- Christophe MARQUIS, Directeur, L’Échangeur – CDCN
- Muriel MAYETTE-HOLTZ, Directrice, TNN
- Stéphanie MEISSONNIER, Directrice, Bibliocité
- Franck MERMIER, Directeur de recherche émérite, CNRS
- Maria MINI, Directrice, Latitudes Contemporaines
- Amel NAFTI, Directrice, ENSAD de Dijon
- Sandra NEUVEUT, Directrice, La Briqueterie – CDCN
- Alexis NYS, Directeur, Lieux Publics – CNAREP
- Paul-Emmanuel ODIN, Directeur, La Compagnie – lieu de création
- Carmen POPESCU, Professeure HDR, ENSA Paris-Val de Seine
- Odile PRADEM FAURE, Déléguée générale, ACCR
- François QUINTIN, Directeur, Collection Lambert
- Christophe RAUCK, Directeur, Théâtre Nanterre-Amandiers
- Hugues REIP, Maître de conférences, ENSA Paris-Val de Seine
- Émilie RENARD, Directrice, Bétonsalon – centre d’art et de recherche, Paris
- Robin RENUCCI, Directeur, Théâtre National de Marseille – La Criée
- Olivier SACCOMANO, Directeur, Théâtre des 13 vents
- Anne SAUVAGE, Directrice, Atelier de Paris – CDCN
- Abdel SEFSAF, Directeur, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines CDN
- Frédéric SEGUETTE, Directeur, Le Dancing – CDCN
- Mohamed Rochdi SIFAOUI, Directeur général, TËNK
- Clémence SORMANI, Directrice déléguée, CCN – Ballet national de Marseille
- Annick SUZOR-WEINER, Professeure émérite, Université Paris-Saclay
- Chloé TOURNIER, Directrice, Scène nationale de Cavaillon
- Frédéric TOVANY, Directeur, Château Rouge – Scène conventionnée d’Annemasse
- Juliette TREBAULT, Directrice générale, ARC
- Camille TROUVÉ, Co-directrice, CDN de Normandie-Rouen
- Bérangère VANTUSSO, Directrice, Théâtre Olympia – CDN de Tours
- Armelle VERNIER, Directrice, Malakoff Scène nationale
- Julia VIDIT, Artiste directrice, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine
- Sophie ZAMICHIEI, Directrice, UTOPIA Avignon
- Hortense ARCHAMBAULT, Directrice, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
- Charlie-Camille FLORES, Responsable de la commission Livr’Exil, Association des bibliothécaires de France
Liste complète des signataires en cliquant ici.
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