Femmes issues de la communauté des gens du voyage : « On nous refuse le droit de vote »

À l’approche des municipales de 2026, des familles de gens du voyage se voient refuser l’inscription sur les listes électorales au motif de leur mode d’habitat. Une discrimination qui exclut des citoyens français du droit de vote, dénoncée par le collectif Da So Vas.

• 3 février 2026
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Femmes issues de la communauté des gens du voyage : « On nous refuse le droit de vote »
© JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Nous parlons depuis les marges de la République. Nous parlons depuis une place invisibilisée depuis trop longtemps. Mais nous parlons également depuis la dignité que nous voulons affirmer. Nous ? Des femmes issues de la communauté des gens du voyage, organisées au sein du collectif Da So Vas. Des femmes engagées pour transformer nos conditions d’existence.

Parce que nous savons que voter est un acte essentiel, nous accompagnons, depuis plusieurs mois, des familles qui souhaitent s’inscrire sur les listes électorales de leur commune, dans la métropole lilloise. La démarche est simple, légitime, conforme au droit. Ces familles vivent à l’année sur la commune concernée, disposent de justificatifs de domicile conformes et sont citoyennes françaises.

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Pourquoi ne pourraient-elles pas voter ? Aucune raison ne saurait justifier de les maintenir en dehors du champ d’exercice de la citoyenneté. Comme tout le monde, elles veulent pouvoir choisir leurs représentants municipaux. À l’heure où on parle souvent de l’abstention grandissante, comment ne pas saluer cette volonté ? Nous vivons, travaillons, élevons nos enfants ici. Nous payons des impôts, scolarisons nos enfants dans les écoles de la République, participons à la vie locale. Et pourtant, à l’approche des élections municipales de mars 2026, on nous refuse un droit fondamental : celui de voter. Une fois encore les gens du voyage n’ont pas le droit de cité.

« On tente de nous effacer »

On encourage les autres à voter, mais nous, on tente de nous dissuader de le faire. Des arguments fallacieux nous sont opposés et dressent un mur entre nous et le reste de la population. Nos aires d’accueil ne sont pas reconnues comme des lieux d’habitation « classiques ». Les caravanes ne seraient pas des domiciles. Résultat : nous subissons des refus d’inscription, répétés, systématiques. Comme si notre mode d’habitat suffisait à nous disqualifier politiquement. On tente de nous effacer, de nous empêcher de prendre notre destin en main.

Une fois encore les gens du voyage n’ont pas le droit de cité.

Simple problème administratif ? Une solution existe. Avec les familles concernées, nous avons proposé une attestation d’occupation délivrée par le gestionnaire des aires d’accueil du Nord, Vago, permettant d’attester de la réalité de la sédentarisation. Ce document a été validé par la Métropole européenne de Lille et transmis aux services de l’État. Tout semblait enfin réuni pour lever cet obstacle.

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Et puis, brutalement, le refus est tombé comme le couperet de la guillotine. Arbitraire et brutal. Sans justification sérieuse. Sans alternative proposée. Un simple « non », qui prive de fait des citoyennes et citoyens français de leur droit de vote, pourtant garanti par la Constitution.

Il faut appeler les choses par leur nom. Empêcher des personnes de voter en raison de leur mode d’habitat constitue une discrimination grave. C’est une manière détournée mais très concrète d’exclure une partie de la population de la démocratie. C’est dire, en creux, que certains citoyens compteraient moins que d’autres.

Exiger l’égalité

Ce qui se joue ici dépasse largement notre situation. Car si l’on accepte que le droit de vote puisse être conditionné à une norme d’habitat, alors on accepte que la citoyenneté devienne à géométrie variable. Aujourd’hui les gens du voyage, demain qui ? Les personnes sans domicile fixe ? Les habitants de squats ? Les plus précaires ?

Aucune ville, aucun village ne devrait exclure les gens du voyage du corps électoral.

Nous refusons cette dérive. La démocratie ne peut pas être un privilège réservé à celles et ceux qui rentrent dans les cases administratives. Elle doit être un droit effectif, réel, pour toutes et tous. Sans cela nous reviendrons à une forme de suffrage censitaire, excluant de fait des millions de personnes.

C’est pour cela que nous avons décidé de prendre la parole rendre cette injustice visible. En manifestant, en prenant la parole, en écrivant. Non pas pour demander un traitement particulier, mais pour exiger l’égalité. Rien de plus. Rien de moins.

Aucune ville, aucun village ne devrait exclure les gens du voyage du corps électoral. Empêcher des citoyens de voter n’est pas un simple dysfonctionnement administratif. C’est une remise en cause directe des principes républicains. Alors nous nous battons, comme tant de fois dans notre histoire nous avons dû le faire. Et nous continuerons à nous battre, collectivement, pour que la société accepte enfin que nos vies comptent, et que soient respectés nos droits.

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Carte blanche

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Temps de lecture : 4 minutes
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