Présidentielle 2027 : l’illusoire stratégie du « bloc bourgeois »

Député européen socialiste, Christophe Clergeau dénonce la stratégie de l’union des gens « raisonnables » d’une partie de la gauche en vue de la prochaine présidentielle.

Christophe Clergeau  • 2 février 2026
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Présidentielle 2027 : l’illusoire stratégie du « bloc bourgeois »
Un bureau de vote à Courbevoie.
© Benoit Prieur / WikiCommons

Est-il encore possible de gagner face au RN en 2027 ? Cette question devrait être une obsession collective. Pourtant, quelques – mais trop nombreux – esprits cyniques semblent préférer perdre en 2027 face au RN pour mieux préparer 2032. L’histoire a généralement raison de ces apprentis sorciers.

Quand les candidats d’extrême droite culminent à 40 % des intentions de vote, quand Les Républicains en viennent à appeler à ce qu’aucune voix ne se porte sur la gauche face au RN lors d’élections législatives partielles, quand la convergence entre la droite et l’extrême droite rend la victoire presque hors de portée, une seule issue demeure : le rassemblement, au second tour, de tout le reste de l’échiquier politique.

Dans ce contexte deux stratégies s’affrontent : celle du rassemblement de la gauche et de l’écologie, et celle du bloc bourgeois, de l’union des gens « raisonnables » de droite et de gauche.

La poursuite du macronisme

Pour le dire simplement, quand Olivier Faure estime que la victoire passe par l’affirmation d’une alternative claire, à la fois au RN et au macronisme, à travers le rassemblement de la gauche et de l’écologie – de Ruffin à Glucksmann – François Hollande fait, de son côté, le pari inverse : celui d’une candidature centrale ou centriste visant à fédérer, dès le premier tour, des républicains issus des deux rives.

Cette stratégie sera perçue comme la poursuite du macronisme sous une autre forme.

Pour y parvenir, il fait le choix de stigmatiser les électeurs de la gauche radicale, supposés se mobiliser, contraints et forcés, au second tour pour faire barrage au RN.

Cette stratégie du bloc bourgeois est cependant vouée à l’échec. D’abord il est évident qu’elle sera perçue par une part importante de l’opinion comme la poursuite du macronisme sous une autre forme. « Le rassemblement des gens sérieux, au-delà du clivage gauche-droite, pour mener les réformes dont la France a besoin », fleure bon le macronisme sans Macron, et repose évidemment sur un bloc bourgeois, qui défend d’abord les intérêts de ceux qui vont bien, et refuse d’affronter les fractures sociales et identitaires de la société française.

Le rejet de tout ce qui ressemble au macronisme est tel dans notre société que le dévoilement au cours de la campagne de ce projet politique caché le mènera inévitablement au tombeau.

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Ensuite, la politique ne repose pas sur des additions mais sur des dynamiques. Pour gagner face au RN, il faut changer la donne, affirmer notre vision de l’avenir, remobiliser l’électorat abstentionniste et affronter l’extrême droite à la fois sur la question du racisme et sur les questions clés de vie quotidienne, sociales et économiques, du pouvoir d’achat et de l’accès aux services publics.

Ceux contre qui s’exprime la colère du peuple ne pourront empêcher que la foudre s’abatte sur eux. Seule une offre politique clairement ancrée à gauche pourra se défaire de l’accusation de servir le « système ». Il faudra pour cela faire preuve à la fois de radicalité et de crédibilité.

Le pari de la peur

Enfin, et il s’agit de la suite logique de mes deux premiers points, faire le pari que la peur du RN ramènera une majorité de Françaises et de Français vers un candidat « raisonnable » est une tragique illusion. La plasticité du RN et la puissance du « on ne les a pas encore essayés » y fera obstacle. Pour l’électorat de la gauche radicale, voter pour un succédané centriste n’est pas une option. Et encore une fois la colère citoyenne est telle que tout ce qui ressemble au « système » sera balayé.

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La stratégie de concentration du « bloc bourgeois » est un projet politique triste, incarné par des brochettes d’hommes âgés, engoncés dans leurs costumes passe-muraille, tous anciens de quelque chose, contempteurs jusqu’à l’absurde de ce qui a échoué et de ce que les citoyens rejettent. On se demande d’ailleurs bien ce que Raphaël Glucksmann irait faire dans cette galère.

Une gauche unie et joyeuse, fière de son histoire et de ses valeurs, radicale et pragmatique, engagée dans l’action locale, nationale et européenne, ouverte au dialogue et aux partenariats, d’abord avec les citoyens, la société civile et les élus locaux, voilà le seul chemin possible pour faire échec à la victoire du RN en 2027.

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