Prix de l’essence : la France perdante
La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a un impact sur le prix des hydrocarbures. La France subit de fait un « prélèvement extérieur » : puisque nous devons payer plus cher un produit essentiel, nous avons moins d’argent pour le reste.
dans l’hebdo N° 1907 Acheter ce numéro

À la suite de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le transport d’hydrocarbures est perturbé dans cette région cruciale du globe. De nombreuses entreprises, comme Total, ou des pays, comme l’Arabie saoudite, ont réduit leur production, faute de pouvoir écouler leurs produits comme auparavant. Cette situation nourrit une grande inquiétude quant au niveau des prix futurs, ce qui engendre le mécanisme autoréalisateur habituel.
Les consommateurs paniquent et les distributeurs s’attendent à des coûts d’approvisionnement plus élevés demain. Donc les vendeurs se trouvent dans une situation très favorable : ils augmentent leurs prix. D’autant que l’essence est un bien que l’on ne peut aisément remplacer. C’est alors sur le plan politique que le débat se déplace. Vous êtes de gauche ? Vous exigez la baisse des marges des entreprises. Vous êtes de droite ? Vite, une baisse des taxes sur le carburant !
Cependant, sur le plan économique, le résultat factuel premier, c’est que la grande perdante est notre nation. Comme lors de l’invasion russe en Ukraine : la décision des pays membres de l’Union européenne de réduire leurs achats de gaz russe avait permis aux vendeurs du précieux produit, lui aussi indispensable, d’accroître leurs prix.
La France subit un « prélèvement extérieur ». C’est cela qu’il faut regarder en face.
La France subit un « prélèvement extérieur ». C’est cela qu’il faut regarder en face. Or, puisque nous devons payer plus cher un produit essentiel, nous avons moins d’argent pour le reste. L’autre grand perdant de l’histoire, c’est donc l’État. Car, ce qui alimente les caisses publiques, c’est évidemment la prospérité privée. La crise actuelle fragilise d’ores et déjà l’économie. Combien de recrutements suspendus ? Combien de projets d’investissements repoussés à plus tard ?
Si la fiscalité demeure inchangée, les recettes de TVA sur l’essence, qui sont de l’ordre de 10 milliards d’euros par an, augmenteront de quelques centaines de millions d’euros en 2026 – en supposant que la consommation demeure à son niveau d’avant la guerre.
Réduire les énergies fossiles
Mais de combien de milliards le déficit budgétaire de l’État va-t-il s’accroître cette année, entre les dépenses sociales accrues, comme les allocations-chômage, et les baisses de recettes d’impôt sur le revenu, d’impôt sur les bénéfices des entreprises, et de TVA sur les autres biens et services, si la situation actuelle devait perdurer ? Car il y a des millions de ménages pauvres qui comptent chaque centime mais qui ont vraiment besoin de leur voiture pour aller travailler et consommer. Celles-là et ceux-là, l’État doit les aider en leur versant un « chèque énergie ».
Personne n’a encore trouvé la baguette magique pour nous délivrer de nos cages dorées à roues.
La véritable solution, nous la connaissons : réduire les énergies fossiles, qui représentent 45 % de la consommation énergétique nationale. Mais l’État ne mène aucune politique de rénovation énergétique d’ampleur, pas même dans ses propres bâtiments. Cela dit, les premiers responsables, c’est nous, citoyennes et citoyens. Nul pays riche n’est dirigé par une ou un écologiste.
Pourquoi ? Parce que le confort, c’est trop bien. Combien d’entre nous prennent leur voiture pour aller acheter leur pain plutôt que de marcher 15 minutes ? Mais personne n’a encore trouvé la baguette magique pour nous délivrer de nos cages dorées à roues, dont l’usage excessif est mortifère pour la planète, nos corps et nos âmes.
Chaque semaine, nous donnons la parole à des économistes hétérodoxes dont nous partageons les constats… et les combats. Parce que, croyez-le ou non, d’autres politiques économiques sont possibles.
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