Penser la prise en charge médicale des personnes grosses avec la série « The Pitt »
La grossophobie médicale expose les personnes grosses à des biais, des erreurs de diagnostic et des soins inadaptés. La série The Pitt met en lumière ces réalités et esquisse une prise en charge plus respectueuse.
dans l’hebdo N° 1907 Acheter ce numéro

© Photograph by Warrick Page/HBO Max
Personne n’aime devoir consulter un médecin. Pour les personnes grosses, c’est souvent le début d’un cauchemar plus ou moins éprouvant. En plus de se demander pourquoi nous avons mal ou combien de semaines nous devrons composer avec une entorse, nous redoutons que tout tourne autour de notre poids. À cause de la grossophobie médicale, nous sommes la cible de violences : propos culpabilisants, refus de prise en charge appropriée, erreurs de diagnostic… Comme l’explique en détail la brochure « Grossophobie médicale, parlons-en ! » du collectif Gras politique.
Quand la Dre Heather Collins (interprétée par Tracy Ifeachor) rappelle à la Dre Cassie McKay (Fiona Dourif), à propos d’une patiente dans la série The Pitt, que « ses mensurations n’impliquent pas qu’elle soit en mauvaise santé », je ressens un véritable soulagement de voir ce discours porté dans une œuvre très regardée.
Diffusée depuis le début de l’année 2025, The Pitt est une série médicale créée par R. Scott Gemmill, également scénariste d’Urgences (1994-2009). On y suit l’équipe de jour des urgences du Trauma Medical Center, un hôpital fictif de Pittsburgh. Le Dr Michael « Robby » Robinavitch (Noah Wyle, le célèbre Dr Carter d’Urgences) dirige ce service surchargé et soumis à une forte pression financière.
La série se distingue par la qualité de son écriture et la richesse de ses personnages, qu’il s’agisse des soignant·es ou des patient·es. Dans le huitième épisode de la première saison, deux personnes sont admises en début d’après-midi après un accident de voiture : un homme et une femme, Paula. Celle-ci est légèrement blessée, mais sa tension chute progressivement. Elle s’était présentée le matin pour des douleurs, diagnostiquées par la Dre McKay comme une infection urinaire, dix jours après un accouchement sans complications.
Harceler pour maigrir
La Dre Collins réagit rapidement et identifie une endométrite post-partum. Pourquoi sa collègue ne l’a-t-elle pas repérée plus tôt ? « Mais peut-être qu’il y avait quelque chose chez la patiente qui t’a empêchée de diagnostiquer comme tu aurais dû ? », la confronte calmement la Dre Collins. « Tu es en train de dire que j’ai mal soigné une patiente à cause de son poids ? », répond la Dre McKay, visiblement gênée. Peut-être fait-elle partie de ces soignant·es mal à l’aise face à des corps plus volumineux. Elle s’engage néanmoins à faire plus attention à l’avenir.
Dans le huitième épisode de la seconde saison, elle recadre James Ogilvie, un étudiant en médecine qui multiplie les questions intrusives face à Howard Knox, un patient de 215 kilos souffrant d’une grave infection digestive : « Peut-être que tu pourrais le laisser un peu tranquille avec tes remarques sur son poids. On peut l’aider en découvrant ce qu’il a et en le traitant avec respect. »
Pas en le harcelant pour maigrir – une attitude qui pousse de nombreuses personnes grosses à ne consulter qu’en dernier recours. « Le poids n’est pas un indicateur fiable pour évaluer l’état de santé d’une personne ou d’une population, ni pour intervenir adéquatement », souligne le Réseau de santé publique de Montréal dans la brochure « La stigmatisation liée au poids » publiée en mars 2025. J’espère qu’un tel discours, porté par The Pitt, inspirera les soignant·es la prochaine fois qu’une personne grosse aura besoin d’être soignée.
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