La dangereuse dérive vers l’État sécuritaire

Le début du XXIe siècle est marqué par une remise en cause de cette conception de l’État. La priorité est donnée aux fonctions sécuritaires, au détriment des droits humains fondamentaux et de l’État de droit, ainsi que du rôle protecteur de l’État social.

Dominique Plihon  • 16 mars 2026
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La dangereuse dérive vers l’État sécuritaire
Un manifestant interpellé à Paris le 10 octobre 2017 lors d’une manifestation pour la défense de la fonction publique.
© Maxime Sirvins.

La conception et le rôle de l’État dans nos sociétés n’ont cessé d’évoluer. On assiste en ce début de XXIe siècle à une inversion de l’histoire marquée par une dislocation de l’État et de ses fonctions, l’accent étant mis de plus en plus sur les fonctions sécuritaires.

La sécurité est au principe même de l’institution de l’État. C’est la première des fonctions régaliennes, que l’on estime en général au nombre de quatre : assurer la sécurité extérieure du pays par la diplomatie et la défense ; assurer la sécurité intérieure et l’ordre public avec, notamment, les forces de police ; définir le droit et rendre la justice ; émettre de la monnaie.

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La construction des États modernes a résulté de deux étapes. En premier lieu, à la suite de la Révolution française et de la Déclaration des droits humains, ce fut l’émergence de l’État de droit, qui garantit que les autorités publiques agissent toujours dans les limites fixées par la loi, conformément aux valeurs de la démocratie et aux droits fondamentaux, et sous le contrôle de juridictions indépendantes et impartiales. En second lieu, au milieu du XXe siècle, a été mis en place l’État providence, qui s’engage à assurer une sécurité économique de base à ses citoyen·nes en les protégeant des risques liés à la vieillesse, au chômage, aux accidents de travail et à la maladie.

Le début du XXIe siècle est marqué par une remise en cause de cette conception de l’État. La priorité est donnée aux fonctions sécuritaires, au détriment des droits humains fondamentaux et de l’État de droit, ainsi que du rôle protecteur de l’État social.

Dislocation

Les États-Unis de Donald Trump sont à l’avant-garde de cette régression historique, comme le montrent, d’une part, l’abandon des programmes sociaux tels que l’Obamacare, et, d’autre part, les atteintes aux droits humains par la police de Minneapolis (l’ICE) au titre de la sécurité intérieure, ainsi que la politique impérialiste menée au mépris du droit international au nom du mot d’ordre Make America Great Again.

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Cette dislocation de l’État se retrouve également dans les pays européens, en lien avec la montée des forces politiques d’extrême droite. Elle est illustrée par l’idéologie de l’État illibéral, défendue par Viktor Orbán, le premier ministre hongrois. Selon cette conception, la protection des intérêts de la nation justifie une limitation des libertés fondamentales et de l’État de droit. Par ailleurs, à l’échelle de l’Union européenne, la priorité est donnée aux budgets de défense, supposés garantir la sécurité extérieure, et on assiste à une remise en cause de l’objectif de bifurcation écologique et sociale.

En France, les politiques d’Emmanuel Macron vont dans le même sens. L’État social repose sur une conception de l’individu dans laquelle ce dernier ne peut être tenu pour responsable de sa situation socio-économique. Or les réformes sociales récentes, notamment celle de l’assurance chômage, sont fondées sur une responsabilisation morale inédite des citoyen·nes. Ce qui est aussi illustré par les violences policières et la criminalisation des militant·es écologistes accusé·es d’écoterrorisme.

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