La vie n’est pas un poney club (épisode 4)
« L’ironie est un sport de combat » comme ne disait pas du tout Pierre Bourdieu : retrouvez donc cette revue de presse sarcastique tous les 15 jours, si tout va bien (édition du 19 mars 2026).
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Fachos pas fâchés
Je suppose que les 22,5 % de l’extrême zemmouriste Sarah Knafo dans le 16e arrondissement de Paris s’expliquent par « le désœuvrement et l’abandon de la gauche dans un contexte de forte désindustrialisation nourrissant un sentiment de déclassement face à la mondialisation galopante dans
la diagonale du vide de la France » ? Ou alors y aurait-il une autre explication, beaucoup plus basique ? Voyons voir ça de plus près.
Knafo pas pousser
Concernant ladite Sarah Knafo, Libération cite un septuagénaire, ancien cadre d’une multinationale, qui trouve que le discours de la candidate d’extrême droite aux municipales à Paris Sarah Knafo est « pragmatique et pas idéologique ». Étant entendu que seule la gauche est idéologique (évidemment), le fascisme n’étant (évidemment) qu’affaire d’efficacité et de bon sens.
Vague terrain
D’ailleurs, on en est où de cet indispensable « combat sur le terrain des idées » avec les néonazis ? Ça progresse ?
Cogolin, sans l’autre
Au premier tour des municipales, la ville au nom mignon de Cogolin, près de Saint-Tropez, affichait joyeusement 7 listes en lice, dont 4 d’extrême droite (parmi lesquelles une carrément d’union d’extrême droite, on en rirait presque), une d’union à droite et deux divers droite. Qui chantait que « la misère serait moins pénible au soleil » déjà ? Parce que j’ai comme un doute, soudainement.
Tout passe, tout lasse
Question municipales toujours, on notera donc qu’utiliser la devise pétainiste n’est pas du tout éliminatoire en matière de campagne électorale et de présence au second tour. Et après on voudrait que je cesse d’être lucidement pessimiste ?
On ne peut plus rien dire
Lors de la soirée électorale, on a pu incidemment entendre Nathalie Saint-Cricq qualifier Éric Ciotti de « Benito », pensant son micro fermé. Alors : merci Nathalie Saint-Cricq. (Je n’écrirai ça qu’une fois dans ma vie, je veux voir ce que ça fait.) P.-S. : elle a dû présenter ses excuses le lendemain et a été suspendue pour une semaine. On s’étonnera ainsi que des gens qui disent littéralement des trucs turbo-fascistes comme Éric Ciotti à longueur de temps ne supportent pas une seconde d’être comparés à l’inventeur du concept.
Qui aurait pu prédire ?
Méga surprise (non) : Mediapart dévoile que des milliers de posts publiés ces deux dernières années sur X par Quentin Deranque – le militant fasciste décédé à Lyon – montrent un racisme et un antisémitisme « décomplexés » (ce sont des guillemets techniquement sarcastiques), avec une nostalgie affirmée pour une certaine époque allemande et le prénom Adolf (on sentait la tendance, on ne va pas se le cacher). Pour le coup, on aura le droit à une semaine complète de silence de honte à l’Assemblée nationale en compensation ?
La loupiote d’espoir : Jules Vernacular
Vous passez devant sans les voir : les chiffres et les lettres des pancartes, panneaux, enseignes, peintures murales, numéros et plaques de rues, etc. qui ponctuent nos paysages urbains ou citadins. Le plasticien et dessinateur de caractères Jack Usine leur consacre cet « herbier typographique » fascinant. Une invitation à ouvrir les yeux. (Dans la même idée, voir aussi le travail de Pixdar, alias Éric Darvoy.)
Le mal partout
Dans la même veine, après le salut nazi d’Elon Musk, qu’on nous a vendu comme « un cœur lancé à la foule », voici le geste SS effectué par Alice Cordier, de Némésis, devenu subitement, dixit, « une référence rap ». Je suppose qu’on va aussi venir nous expliquer que la chanson de Kanye West consacrée à Hitler célébrait juste le petit peintre viennois de cartes postales ?
« Là où tout n’est que luxe, calme et volupté fiscale »
Après les attaques états-uniennes et israéliennes sur l’Iran fin février, pendant que des civils étaient fauchés par les bombes des faiseurs de paix, nombre de médias dominants se sont émus du sort des influenceurs et influenceuses partis à Dubaï « pour le calme et le luxe », nous informe l’AFP. Le calme et le luxe, c’est la nouvelle façon de nommer l’évasion fiscale ?
Argent magico-tragique
En parlant des personnes susmentionnées, rappelons au passage que la France n’a pas vocation à accueillir toute la misère fiscale et intellectuelle du monde.
Ça donne envie de cramer des palettes
À regarder les chaînes d’info en continu depuis le 28 février (oui, parfois, sur un moment de faiblesse, ça arrive, nous sommes humains), on peut se dire que :
– Soit les bombardements ne font aucune victime civile en Iran.
– Soit lesdites chaînes n’en ont strictement rien à faire des victimes en Iran.
(On a une vague idée de la bonne réponse.) (La remarque marche aussi pour les victimes libanaises.)
Qui aurait pu prédire ? (bis)
Oups, encore des crimes de guerre commis par Israël au nom du « droit à se défendre ». Décidément.
Non mais franchement
Et d’ailleurs, tous ces gens ensevelis sous les décombres des bombardements américains et israéliens ou brûlés par du phosphore blanc, ont-ils seulement, comme disait J.D. Vance, « dit merci rien qu’une seule fois » ? Et au passage, « pourquoi ne portaient-ils pas de costumes ? »
L’essence de la vie
Au passage, moins de bruit les victimes de la guerre, là, on n’entend plus les débats sur nos soucis de prix à la pompe.
La morale Dassier
Le regrettable Jean-Claude Dassier a réussi un exploit assez fou, dans son genre : avoir été écarté de CNews et Europe 1 pour des propos turboracistes (on vous les épargne, pas besoin de rendre cette journée plus difficile qu’elle ne l’est déjà). On découvre donc qu’il existe un niveau de haine xénophobe tel qu’il arrive même à gêner aux entournures un média multicondamné comme Bolloré TV. Ce qui donne une certaine idée de l’infini, comme la bêtise humaine et l’Univers.
Déso la commu’
Alors que revoilà l’effet Streisand (oui, oui, du nom de la chanteuse prénommée Barbra) : il signifie qu’en voulant censurer une information, le résultat inverse survient très souvent, à savoir qu’on concentre l’attention médiatique sur ladite information et lui assure de fait une publicité exceptionnelle. Et cette fois, c’est Rachida Dati qui a poussé la chansonnette : son équipe a en effet demandé à un hébergeur de dépublier un site internet recensant sa batterie de casseroles judiciaires. Résultat : le site Wikidati.fr a été immédiatement partagé en masse sur les réseaux. (Allez-y, c’est très bien fait. Et parlez-en autour de vous.)
Dingues de pognon
Une étude révèle qu’un étudiant sur trois vit avec moins de 50 euros par mois, une fois le loyer, l’alimentation et les factures payés. Comme disait Emmanuel Macron du Touquet en 2018, lors de sa sortie filmée sur le « pognon de dingue » : « Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres. On doit avoir un truc qui permette aux gens de s’en sortir. » Plus qu’un an de mandat pour découvrir la taxation des milliardaires, l’espoir n’est pas perdu, on est avec toi, fonce Manu !
Quelle indignité !
Nicolas Sarkozy n’a pas pu convaincre la justice d’opérer la confusion de ses peines de port d’un bracelet électronique dans les dossiers Bygmalion et Bismuth, pour lesquels il a été définitivement condamné. Les horribles juges rouges ont certainement dû vouloir prendre au mot ce même Nicolas Bismuth Sarkozy, qui tweetait ceci en novembre 2014 : « Quand un individu revient pour la 17e fois devant le tribunal, il doit être puni pour l’ensemble de son œuvre. » Chiche. P-S. : dans un autre contexte, ça ferait un bon titre de film ou de livre, ça, « la confusion des peines ».
On résume en résumé
Contrôler le moindre centime des allocataires du RSA : OK.
Contrôler les milliards d’aides aux entreprises : pas du tout OK.
Amoral dans les chaussures
Selon la presse américaine, le président orange impose à tous les membres de son cabinet de porter les mêmes chaussures que lui (des Oxford moches, en résumé). L’affaire devient technique pour les courtisans : cirer les pompes ne suffit plus, il faut aussi désormais les chausser.
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