Pour Trump, Cuba n’est qu’une variable d’ajustement
Plongée dans une crise énergétique et sanitaire majeure, Cuba paie le prix d’un durcissement de la politique des États-Unis. Face à la prédation des impérialismes américains et russes, une solidarité internationale s’organise.
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© AFP
Dans les rues de La Havane, les vieilles voitures colorées sont bien silencieuses. Depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis le 3 janvier, Cuba encaisse les conséquences de sa dépendance énergétique qu’elle n’a jamais réussi à surmonter. Le Venezuela était l’un des seuls pays qui contournait le blocus pour fournir l’île en carburant essentiel.
Étranglée par un embargo économique depuis 1962, l’île communiste voit ses réserves s’épuiser : les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à 22 heures par jour. Après un rapprochement des États-Unis sous la présidence de Barack Obama, Donald Trump a rétabli les sanctions contre l’île lors de son premier mandat.
Le 29 janvier, le président républicain a signé un nouveau décret exécutif : tout État qui fournirait directement ou indirectement du pétrole à Cuba serait frappé de droits de douane supplémentaires. Une décision qui s’inscrit dans la logique de la stratégie de sécurité nationale, parue en novembre dernier.
Dans ce document d’orientation, l’administration américaine a établi le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, justifiant la primauté des États-Unis sur « l’hémisphère occidental », soit l’ensemble du continent américain. Pour enfoncer le clou, le 29 mars, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a présenté une carte stratégique délimitant une zone de sécurité bordant les États-Unis. Baptisée « Grande Amérique du Nord », elle s’étend du Groenland au golfe du Mexique et comprend aussi Cuba.
Pourtant, à Washington, on balaie d’un revers de main la responsabilité états-unienne dans le chaos cubain. Interrogé sur les coupures de courant qui paralysent l’île, le secrétaire d’État (équivalent du ministre des Affaires étrangères), Marco Rubio, s’est permis une sortie médiatique avant d’embarquer pour le G7, qui se déroulait dans les Yvelines jusqu’au 27 mars : « Il n’y a pas de blocus naval autour de Cuba. Si Cuba n’a pas de pétrole et de carburant, c’est parce qu’ils le veulent gratuitement. »
Le secrétaire d’État a ainsi occulté le décret qu’il a lui-même contribué à mettre en œuvre trois mois plus tôt. Il a également appelé de ses vœux à un changement de régime sur l’île : « Il faut changer les dirigeants, il faut changer le système, et il faut changer le modèle économique. »
Face à la situation humanitaire et les menaces de Donald Trump, qui ne s’est pas caché que « prendre Cuba serait un honneur » pour lui, une initiative de solidarité internationale s’est mise en place. Lancée par la Progressive International, sur le même modèle que la Global Sumud Flotilla pour Gaza, un convoi baptisé Nuestra América Convoy (Notre Amérique) a acheminé près de 50 tonnes de fournitures médicales, de nourriture et de panneaux solaires. Pour Emma Fourreau, députée européenne (The Left-LFI), cette aide reste « minime par rapport aux besoins ». Elle souligne également que « c’est une aide politique et une démonstration de solidarité entre les peuples ».
Solidarité internationalePrésente sur l’île dans le cadre de l’initiative, la députée a visité le centre national d’oncologie et de radiologie : « Certaines machines, quand elles tombent en panne, ne peuvent être réparées, parce que leurs pièces sont produites aux États-Unis. » Un constat partagé par l’Organisation mondiale de la Santé. Le 25 mars, Tedros Adhanom Ghebreyesus, son directeur général, a tiré la sonnette d’alarme : « La situation à Cuba est profondément préoccupante, car le pays peine à maintenir la prestation des services de santé à un moment de turbulences immenses. »
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